Pour la deuxième année consécutive, la santé mentale a été désignée Grande cause nationale. Si cette mobilisation concerne l’ensemble de la société, elle met en lumière un enjeu devenu central pour les organisations : la santé mentale au travail.
Stress, anxiété, sentiment d’isolement, épuisement… Ces situations concernent aujourd’hui de nombreux salariés. Cette reconduction envoie un signal clair que la santé mentale n’est plus un sujet périphérique, mais un enjeu structurel, notamment dans le monde du travail, où elle interroge à la fois les organisations, le management et les responsabilités collectives.
Mais concrètement, que signifie le renouvellement de cette Grande cause nationale ? Et quelles sont les priorités fixées pour 2026 ?
Sommaire de l'article
Grande cause nationale : qu’est-ce que c’est ?
Chaque année, la Grande cause nationale permet de mettre en lumière un enjeu de société majeur. Elle a plusieurs objectifs :
- sensibiliser le grand public,
- faire évoluer les représentations,
- donner une direction commune aux acteurs concernés.
Qu’est ce que cela signifie pour la santé mentale ?
La Grande cause nationale est généralement choisie tous les ans pour un sujet différent. La reconduction de la santé mentale en 2026 après 2025 est une situation exceptionnelle qui met en avant la volonté du gouvernement de prolonger une mobilisation jugée trop importante pour s’arrêter au bout d’un an.
« L’objectif est d’aller plus loin : renforcer la coordination interministérielle, amplifier le soutien aux familles, aux associations et aux territoires, et poursuivre l’élan collectif qui a émergé en 2025 », indique le Gouvernement.
En tant qu’entreprise, cette reconduction marque un changement de temporalité. La santé mentale n’est plus un sujet à traiter par des actions ponctuelles ou symboliques, mais un enjeu qui s’inscrit dans la durée, avec des attentes croissantes en matière de prévention santé, de cohérence et de responsabilité.
Pourquoi la santé mentale reste un enjeu majeur en entreprise ?
Ces dernières années, la santé mentale a progressivement quitté le champ du tabou pour devenir un sujet de débat public. Cette évolution a permis une meilleure reconnaissance des difficultés psychologiques, y compris dans le monde professionnel.
En 2025, cette mobilisation s’est appuyée sur des constats révélateurs. Selon un baromètre OpinionWay publié en mai 2025, 84 % des personnes interrogées se déclarent en bonne santé mentale. Pourtant, dans le même temps, 81 % des salariés disent ressentir une fatigue mentale liée aux exigences et aux pressions de leur travail.
Des résultats à la fois paradoxaux et préoccupants, qui montrent que le sujet reste complexe.
Si les mots circulent davantage, l’accès à des repères clairs, à des ressources adaptées et à des espaces d’accompagnement reste inégal. La reconnaissance du sujet ne suffit pas à répondre à l’ensemble des besoins. De nombreuses personnes continuent de rencontrer des difficultés pour :
- reconnaître leurs propres fragilités,
- savoir vers qui se tourner,
- accéder à une aide adaptée.
Le monde du travail met en lumière ces tensions. Exigences de performance, transformations organisationnelles, incertitudes économiques et quête de sens peuvent peser durablement sur l’équilibre psychologique des salariés.
Depuis la crise sanitaire du covid, la santé mentale est devenue un enjeu d’entreprise, qui impose d’appréhender une réalité complexe entre aspiration et obligation.
Comment la santé mentale impacte-t-elle les salariés et l’entreprise ?
Pour les salariés
Les enjeux de la santé mentale au travail peuvent avoir des conséquences directes sur le bien-être, la santé et la performance des individus. En tant que collègue ou manager, savoir repérer les signes avant-coureurs permet de réagir au plus tôt, avant que la situation ne s’aggrave
- Signaux émotionnels : irritabilité excessive, troubles de l’humeur, conflits avec la hiérarchie ou des collègues, etc.
- Signaux intellectuels : baisse d’efficacité, de productivité, déficit de l’attention, de la concentration, troubles de la mémoire, etc.
- Signaux physiques : TMS, troubles du sommeil, maux de tête à répétition, fatigue chronique, etc.
- Désengagement : baisse de motivation, de la qualité du travail, repli sur soi, procrastination, etc.
- Arrêts de travail courts et répétés : 1 ou 2 jours d’absence fréquemment.
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Pour les organisations
Pour l’entreprise aussi, les conséquences d’une mauvaise santé mentale chez un ou plusieurs collaborateurs a des conséquences multiples. Ces impacts constituent de réels signaux d’alerte qu’il faut savoir identifier au plus tôt afin de réagir rapidement.
Parmi ces signaux collectifs, on retrouve notamment :
- Un taux d’absentéisme élevé : Selon un enquête du Collectif Santé Mentale, la santé mentale est numéro 1 des arrêts maladies longue durée en 2025
- Un taux d’accidents du travail élevé : En 2023, le Gouvernement indique que chaque année, 12 000 accidents du travail étaient liés à des risques psychosociaux (RPS)
- Du turnover : Le turn-over lié à la santé mentale coûterait environ 1 200 € par an et par salarié aux organisations, d’après une étude Deloitte de 2021.
- Une baisse de productivité : L’OMS estime à 12 milliards le nombre de journées de travail perdues chaque année en raison de la dépression et de l’anxiété
- Un climat social dégradé et une attractivité en recul : 65% des salariés n’acceptent plus de travailler dans des environnements de travail négatifs pour leur santé psychologique. (OpinionWay)
Quels sont les 4 axes prioritaires de la santé mentale définis par le Gouvernement ?
Toutefois, mettre en place des actions autour de la santé mentale ne suffit pas à elles seules. Pour qu’elles aient un réel impact, il est essentiel de bien comprendre les enjeux. Les quatre axes prioritaires définis par le gouvernement pour 2026 visent justement à clarifier ces priorités.
- Changer le regard sur les troubles psychiques et mentaux : lutter contre les idées reçues et la stigmatisation autour de la santé mentale.
- Renforcer la prévention et le repérage précoce des difficultés : faire connaître les signes avant-coureurs et informer le grand public et les professionnels.
- Améliorer l’accès aux soins partout en France : rendre les dispositifs de prise en charge plus lisibles et accessibles, y compris dans les zones où l’offre est faible.
- Accompagner les personnes concernées dans tous les aspects de leur vie : pas seulement au moment des soins, mais aussi au quotidien (vie sociale, professionnelle, etc.).
Ces axes, bien qu’ils s’adressent à l’ensemble de la société, résonnent fortement avec le monde du travail. L’entreprise apparaît comme un lieu clé de prévention, de repérage et d’accompagnement, mais aussi comme un espace où les contradictions entre exigences économiques et santé psychologique sont mises en avant.
Quelles sont les obligations de l’employeur en matière de santé mentale ?
Les notions de santé mentale ne figurent pas telles quelles dans le Code du Travail. Cependant, l’employeur a pour obligation de recensement des risques, d’action et de résultats.
Ainsi, selon l’article L.4121-1 du Code du Travail, “l’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs.”
Ces mesures comprennent :
- Des actions de prévention des risques ;
- Des actions d’information et de formation ;
- La mise en place d’une organisation et des moyens adaptés.
Du côté des salariés, l’article L.4122-1 du Code du Travail stipule que “Chaque salarié a l’obligation de prendre soin de sa santé et de sa sécurité ainsi que celle des autres personnes concernées, du fait de ses actes ou des ses omissions, dans la limite de ses connaissances et de ses compétences”.
Si ces obligations existent depuis longtemps, leur mise en œuvre prend aujourd’hui une dimension nouvelle, dans un contexte où la santé mentale devient un enjeu de responsabilité sociale, mais aussi de performance durable.

Conclusion
En reconduisant la santé mentale comme Grande Cause nationale, le Gouvernement envoie un signal clair : ce sujet ne peut plus être traité à la marge. Il s’inscrit dans le temps long et appelle des réponses cohérentes, coordonnées et durables.
En entreprise, cette reconnaissance met en lumière une tension persistante entre exigences de performance, transformations organisationnelles et préservation de l’équilibre psychologique des individus. Pour les entreprises, l’enjeu n’est plus seulement de prévenir les risques, mais de repenser en profondeur les conditions dans lesquelles le travail est conçu, organisé et vécu.
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