Le transport est l’un des secteurs les plus exposés aux risques professionnels. Le risque routier, à lui seul, constitue la première cause de mortalité au travail en France. Rien qu’en 2023, 440 personnes ont perdu la vie lors d’un déplacement lié au travail, soit 30 % de l’ensemble des accidents mortels enregistrés cette année-là. (Ministère du Travail, 2023). Dans ce contexte, la sécurité secteur transport représente un enjeu prioritaire pour les entreprises.

Derrière ces chiffres, une réalité : les métiers du transport — routier, ferroviaire, logistique — cumulent des contraintes fortes qui exigent une vigilance permanente et une politique de santé-sécurité solide.

Cet article vous propose un tour d’horizon complet : des enjeux concrets du quotidien aux raisons d’agir aux solutions pratiques pour renforcer votre culture sécurité 

Sécurité secteur transport : état des lieux des métiers

Les activités de conduite, de manutention, de gestion des flux, d’exploitation ou de maintenance impliquent une forte exposition aux risques, qu’ils soient physiques, organisationnels ou psychosociaux.

Selon l’INRS, les professionnels du transport sont particulièrement concernés par les TMS, les risques liés aux déplacements, les chutes, les manutentions et la fatigue. Les conditions sur le terrain (horaires décalés, travail en extérieur, pression des délais, interventions en zone de circulation, etc.) renforcent cette exposition.

En 2023, le secteur Transports et entreposage a enregistré 57 890 accidents du travail avec arrêt, un niveau nettement supérieur à la moyenne nationale. (DARES, 2025).

Malgré une légère baisse ces dernières années (-7,8 % entre 2017 et 2022), la sinistralité reste parmi les plus élevées.

Un enjeu majeur pour la santé, la sécurité et la performance

Les entreprises de transport doivent allier sécurité opérationnelle, bien-être des équipes et qualité de service. La sécurité secteur transport devient ainsi un levier essentiel pour concilier performance et protection des salariés.

Préserver la santé physique et mentale des collaborateurs est non seulement indispensable pour leur protection, mais aussi pour garantir la continuité d’activité, la fiabilité des opérations et la performance globale de la chaîne de transport.

Le secteur fait face à des attentes fortes : réduction des accidents, prévention des risques, amélioration des conditions de travail, attractivité des métiers. Les organisations doivent ainsi bâtir des pratiques robustes et pérennes pour répondre à ces enjeux.

Secteur du transport : quels métiers concernés ? 

Le secteur du transport est un domaine vaste. Il regroupe de nombreux métiers avec chacun leurs caractéristiques propres. Parmi les principaux : 

Les conducteurs de poids lourds et poids légers

Les conducteurs de poids lourd assurent le transport de marchandises sur des trajets parfois longs, à horaires décalés et soumis à une forte pression logistique. Ils passent de nombreuses heures en position assise, effectuent des manutentions ponctuelles lors du chargement et du déchargement, et doivent composer avec la fatigue, la monotonie de certains trajets ou encore les contraintes de circulation.

Les chauffeurs de bus, de cars et de taxis (transport de personnes)

Les chauffeurs du transport de personnes doivent gérer des trajets souvent répétitifs, une vigilance continue et une grande variabilité des situations selon les voyageurs. 

Les agents de quai, manutentionnaires, préparateurs ou déménageurs

Ces métiers sont physiquement exigeants : manipulation de charges, déplacements fréquents, travail sur quai, utilisation d’engins. Ils figurent parmi les plus accidentogènes du secteur. Les cadences élevées, les zones encombrées et les amplitudes horaires renforcent encore les risques.

Les agents de tri et de distribution

Entre la manipulation répétée de colis, le travail avec des machines et les contraintes de productivité, ces métiers cumulent sollicitations physiques et pression opérationnelle. Pour les distributeurs, s’ajoutent les risques routiers et les déplacements fréquents.

Les techniciens de maintenance

Ils interviennent sur des véhicules, des infrastructures ou des équipements mécaniques. Leurs missions impliquent l’usage d’outils, des interventions parfois en hauteur, en espace confiné ou en contact avec des substances chimiques.

Le personnel en contact avec le public

Agents de transit, contrôleurs ou chargés d’exploitation jonglent avec les flux de voyageurs, les incidents techniques et l’imprévisibilité du public. Ils sont particulièrement exposés aux risques psychosociaux et aux agressions.

Bien qu’ils soient variés, tous les métiers du secteur du transport peuvent impliquer une forte sédentarité et/ou une activité physique intense pouvant présenter des risques pour leur sécurité. La manipulation de charges lourdes, le pilotage d’engins (notamment en horaires atypiques) et les conflits avec les usagers sont autant de facteurs augmentant ces risques. 

Pourquoi agir pour le bien-être et la sécurité de vos salariés ? 

Les professionnels du secteur du transport sont confrontés à de nombreuses contraintes. Ces facteurs impactent leur vigilance, leur motivation et augmentent les risques d’accidents et d’absentéisme.

Les facteurs de pénibilité du secteur du transport

  • La fatigue : un conducteur routier qui démarre sa journée à 4h du matin entame sa tournée avec un déficit de sommeil. Les horaires décalés et les longues amplitudes réduisent la récupération et diminuent la vigilance. Cette fatigue accumulée augmente le risque d’erreur ou d’accident.
  • L’isolement : un chauffeur-livreur qui réalise plusieurs tournées seul peut ressentir une vraie solitude dans son travail. À l’inverse, lorsqu’il se retrouve face à un client impatient ou agressif, cette interaction crée un stress immédiat. L’isolement comme les incivilités affectent la concentration et peuvent fragiliser la santé mentale.
  • La sédentarité : les conducteurs de poids lourds sont assis en permanance, sur de nombreux kilomètres. À long terme, elle favorise l’apparition de douleurs chroniques et de troubles musculo-squelettiques
  • La pression sur la performance et les délais logistiques : un agent logistique chargé de préparer des commandes dans un timing serré doit maintenir une cadence élevée. Si un imprévu survient, la pression augmente. Ce contexte accentue la fatigue physique et mentale.

À savoir :  Les TMS touchent tous les métiers du transport .Manutention, port de charges, gestes répétés, vibrations : les TMS ne concernent pas uniquement les équipes logistiques. Les conducteurs aussi sont fortement exposés.

Cas client vidéo : Viapost, l'éveil musculaire pour prévenir les TMS (sécurité secteur transport )

L’importance pour votre organisation 

Quand les équipes roulent de nuit, enchaînent les manutentions ou gèrent les imprévus en temps réel, la santé-sécurité ne peut pas se résumer à quelques consignes. Cela pour plusieurs raisons :

  • Respecter ses obligations légales : Les entreprises du secteur du transport sont soumises à des exigences réglementaires strictes en matière de santé et sécurité au travail. Conformément au Code du travail, l’employeur a une obligation de sécurité envers ses salariés, ce qui implique d’identifier, d’évaluer et de prévenir l’ensemble des risques professionnels auxquels ils sont exposés.

Cette démarche passe notamment par la mise à jour régulière du Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP), l’analyse des situations de travail (conduite, manutention, travail de nuit, interventions en zone de circulation…) et la mise en œuvre d’un plan de prévention adapté.

Dans le transport, cela inclut :

  • la prévention du risque routier (accidents de mission et accidents de trajet),
  • la réduction des troubles musculo-squelettiques liés aux manutentions et aux postures prolongées,
  • la prise en compte de la pénibilité (horaires décalés, vibrations, charges lourdes),
  • la prévention des risques psychosociaux liés à la pression des délais ou aux incivilités,
  • ainsi que des actions de prévention primaire, secondaire et tertiaire adaptées au terrain.

Le non-respect de cette réglementation peut entraîner une amende de 10 000 € par salarié concerné.

Guide pratique : Les formations santé/sécurité obligatoires en entreprise (sécurité secteur transport )

  • Travailler sur l’absentéisme et le turnover : Les longues heures de conduite, le travail de nuit, la manutention répétée et le manque de récupération favorisent l’usure des conducteurs et des professionnels du secteur du transport et augmente ainsi les arrêts de travail et le départ des salariés vers d’autres secteurs. Une politique bien construite permet de réduire l’absentéisme, le turnover, d’améliorer l’engagement et de renforcer la vigilance.

“40 % des salariés du transport ont été absents au moins une fois en 2023”

  • Prévenir les risques d’accidents : La prévention passe par une formation rigoureuse aux bons gestes et postures pour prévenir les TMS, l’amélioration des conditions de repos et la sensibilisation aux règles de sécurité routière pour limiter les accidents, ainsi que la prévention des RPS à travers des formations à la gestion des conflits ou la gestion du stress pour éviter les risques d’agressions ou de burn-out. Vous limiterez ainsi les interruptions, les coûts et les impacts sur la chaîne logistique.

À retenir : Accident de trajet vs accident de mission

Un accident de mission survient lors d’un déplacement effectué dans le cadre du travail (livraison, tournée, intervention). Il est considéré comme un accident du travail et engage directement la responsabilité de l’employeur.

Un accident de trajet se produit sur le trajet habituel entre le domicile et le lieu de travail (ou le lieu de restauration).Il est reconnu au titre des accidents du travail, mais la responsabilité de l’employeur n’est pas engagée de la même manière.

Dans le transport, intégrer ces deux situations dans la prévention du risque routier est essentiel.

  • Améliorer l’engagement : L’isolement, le stress routier et la gestion des incivilités des clients ou usagers peuvent peser sur la motivation et l’engagement des salariés du transport. Pour les accompagner, il est essentiel de leur donner les clés pour gérer les tensions et améliorer leur bien-être. Ainsi, vous soutenez durablement vos équipes et consolidez votre culture de sécurité.

Les 6 enjeux santé-sécurité des métiers de transports 

Quels sont les défis concrets auxquels les professionnels du transport sont confrontés au quotidien, et qui doivent guider vos actions de prévention ? Ces six enjeux constituent des points d’attention essentiels pour protéger la santé et la sécurité de vos équipes, pour chacun, nous vous proposons une formation adapatée : 

1. Les addictions

Les rythmes décalés, la fatigue et les pressions opérationnelles peuvent favoriser une augmentation de la consommation de stimulants (café, boissons énergisantes, tabac, alcool, etc.) ou de substances qui altèrent la vigilance. Un risque à surveiller de près dans des métiers où la sécurité est essentielle. 

Le manque de récupération, l’enchaînement de missions ou le stress constant peuvent également renforcer ces comportements et fragiliser la santé sur le long terme.

Prévention des addictions : détecter et accompagner les salariés en difficulté

2. La gestion des incivilités 

Les équipes du transport sont régulièrement confrontées à des interactions tendues : clients impatients, voyageurs mécontents, usagers agressifs, etc. Ces situations créent un climat de pression qui affecte la qualité du travail et la sérénité des collaborateurs. 

À force de répétition, les incivilités génèrent stress, démotivation et sentiment d’insécurité, en particulier pour les professionnels en contact direct avec le public ou amenés à intervenir seuls.

Gestion des incivilités : faire face à l’agressivité des clients et usagers

3. L’hygiène de vie 

Dans le transport, maintenir une bonne hygiène de vie relève souvent du défi : pauses écourtées, repas improvisés, sommeil perturbé par les horaires de nuit. Ce déséquilibre impacte la santé globale, réduit l’énergie disponible et accentue la fatigue. 

Sur le long terme, il peut influencer la vigilance, la gestion émotionnelle ou encore la résistance au stress. De nombreux collaborateurs expriment des difficultés à trouver un rythme stable qui permette à la fois de bien travailler et de bien récupérer.

Le Roi Sommeil : mieux le comprendre pour améliorer sa qualité de vie 

4. La prévention des troubles musculo-squelettiques

Les troubles musculo-squelettiques sont omniprésents dans les métiers du transport. Port de charges, manipulations répétitives, manutentions en posture contrainte, vibrations en cabine ou positions statiques prolongées sont autant de facteurs qui sollicitent le dos, les épaules ou les articulations. Ces douleurs peuvent s’installer durablement, entraîner des arrêts de travail et limiter la capacité à exercer certaines tâches. 

La prévention, l’ergonomie et la formation aux bons gestes deviennent alors indispensables pour préserver la longévité professionnelle.

Prévenir les troubles musculo-squelettiques (métiers physiques)

5. La sécurité routière dans le secteur transport

La vigilance est le socle des métiers de conduite. Entre fatigue, conditions météorologiques, circulation dense ou stress lié à la navigation, les situations à risque sont fréquentes. Un grain de fatigue supplémentaire, une seconde d’inattention ou une surcharge mentale peuvent suffire à provoquer un incident. La sécurité routière concerne aussi les opérations autour du véhicule : chargement, arrimage, interventions sur la voie publique, déplacements fréquents. Ce sont des contextes où la prévention joue un rôle clé.

Travail de nuit, sécurité routière et vigilance au volant

6. Le travail de nuit

La nuit modifie tout : vigilance, humeur, digestion, récupération. Les collaborateurs travaillant en horaires décalés doivent composer avec un rythme biologique bousculé, un sommeil souvent moins réparateur et une fatigue qui peut s’accumuler. Qu’il s’agisse de tournées nocturnes, d’astreintes ferroviaires ou d’activités logistiques, ces horaires spécifiques augmentent les risques d’erreur, de baisse de vigilance ou de difficultés à concilier vie professionnelle et personnelle.

Travail en horaires décalés : prévenir les risques et préserver sa santé 

Ces 6 enjeux sont en réalité des leviers à prendre en compte dans la mise en place d’actions santé-sécurité. En les abordant de manière structurée vous améliorez les conditions de travail de vos équipes au bénéfice de votre performance globale.

Comment créer une culture santé – sécurité durable dans les métiers de transport ? 

Comment développer une véritable culture de santé et sécurité au sein de son entreprise ? Comment engager les salariés sur ces sujets essentiels de prévention santé ? Comment rendre la sécurité au travail plus ludique ?

Intéressez-vous aux presqu’acccidents 

Un presqu’accident est un événement indésirable ne produisant aucun dommage, mais qui aurait pu aboutir à un accident (et donc être grave). Il met en avant la potentialité d’un accident.

Exemple : “Lors du chargement d’un camion, une palette mal filmée bascule presque du transpalette, manquant de peu un collègue à proximité.”

Un presqu’accident mérite une véritable attention car il occupe une place prépondérante dans la prévention des risques professionnels. C’est le potentiel accident grave qui aurait pu aboutir qui mérite attention et traitement. Il doit être déclaré, remonté, analysé afin de conduire à l’élaboration d’un plan d’action.

Comment faire ? Vous pouvez faire remonter la déclaration à travers un outil en ligne.

Vous pourrez ensuite agir à travers un plan d’actions correctives et préventives afin d’éviter de futurs presqu’accidents. Leur accumulation pourrait conduire à de véritables accidents.

Formez et sensibilisez le personnel à la sécurité au travail 

Parmi les formations obligatoires à mettre en œuvre pour le secteur du transport : la formation aux risques routiers. Cette formation est obligatoire pour tous les salariés utilisant un véhicule dans le cadre professionnel. 

Au-delà du risque routier, de nombreuses formations peuvent ainsi être mises en place à tous les niveaux de la hiérarchie. Le fait d’impliquer l’ensemble du personnel permet de diffuser les bonnes pratiques et va ancrer cette culture de sécurité plus largement.

Vous pouvez également former vos salariés à la vigilance partagée. La vigilance partagée est une pratique qui consiste à veiller sur sa sécurité et celle de ses collègues afin de protéger chacun des risques potentiels. Cette démarche, positive, collective et accessible, permet de responsabiliser chaque salarié. Il devient ainsi acteur majeur de la sécurité au travail. Pour démocratiser la vigilance partagée dans votre entreprise, vous devez former vos salariés à détecter une situation dangereuse et à savoir en parler.

Organisez des briefings de sécurité quotidiennement

Dans le secteur du transport, les briefings quotidiens peuvent faire partie intégrante de votre standard de santé et sécurité au travail. Très courts, ils sont complètement adaptés à des équipes qui se croisent peu.

A réaliser tous les jours, avant chaque prise de post, les briefings sont des séances de partage d’informations qui ont pour objectif de : 

  • Rappeler les consignes de sécurité aux collaborateurs et les points de vigilance
  • Faire un bilan de la veille et des tâches de la journée
  • Établir les rôles et responsabilités de chacun de manière claire ainsi que les objectifs à réaliser
  • Valoriser les bonnes pratiques et revenir sur les écarts détectés sur le terrain la veille

Ils peuvent être menés par les managers de proximité. Ceux-ci doivent entraîner leurs équipes dans un état d’esprit de prudence et de performance, mais aussi fédérer autour d’une démarche préventive. 

Astuce : Pour les équipes éclatées (chauffeurs, livreurs, techniciens), un briefing audio ou message vocal de 30 secondes peut remplacer une réunion classique. Simple, efficace et adapté au terrain

Suivez des indicateurs clés de performance 

Gardez toute trace d’incidents et faites un bilan de votre accidentologie. Voici quelques indicateurs clés que vous pouvez suivre et analyser :

  • Le taux de fréquence des accidents du travail (bénins, graves, avec / sans arrêts)
  • Le taux de gravité
  • Le nombre de jours d’arrêt
  • Les types d’accidents et de maladies professionnelles
  • Le nombre d’incidents remontés
  • Le nombre de maladies professionnelles
  • L’âge et l’ancienneté des travailleurs accidentés

En 2020, 65,3 millions des journées non travaillées étaient liées à des accidents du travail ou à des maladies professionnelles. Soit l’équivalent de 281 858 emplois à temps plein

Un tel document vous permettra de mieux comprendre dans quelles circonstances les incidents surviennent. Il vous aidera à mettre en place des initiatives concrètes pour les éviter à l’avenir. 

Une analyse fine est nécessaire pour croiser les données et les appréhender. Ces indicateurs doivent être revus régulièrement (1 fois / mois, 1 fois / trimestre). Ils doivent permettre de piloter l’activité.

Ces bonnes pratiques sont issues de notre guide : 10 bonnes pratiques pour améliorer la culture de sécurité au travail. À lire ici.

Guide pratique : Culture sécurité : 10 bonnes pratiques pour l'améliorer au travail

En structurant vos actions autour de ces leviers, vous consolidez durablement la sécurité secteur transport. Vous améliorez ainsi la performance et l’engagement de vos équipes.

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