Le mal de dos est souvent appelé le mal du siècle. Et pour cause, il touche nombre de personnes, quel que soit l’âge ou l’activité physique. Dans son dossier consacré à la lombalgie, l’INRS estime que « plus de 2 salariés sur 3 ont eu, ont ou auront une lombalgie ». Un chiffre alarmant qui doit nous interpeller sur la santé de notre dos et les soins qu’on lui apporte. Cet article a pour vocation de traiter des causes et des conséquences de cette pathologie, mais surtout de proposer des solutions pour améliorer notre santé du dos. Il est à destination des individus mais également des entreprises, du secteur secondaire comme tertiaire. Nous sommes tous acteurs de notre santé, chez nous comme sur notre lieu de travail. A nous d’apprendre à en prendre soin !

Etat des lieux du mal de dos

Quelques chiffres-clefs autour du mal de dos

Le mal de dos est une pathologie reconnue en tant que Trouble Musculo-Squelettique (TMS) dans le monde professionnel. Elle affecte tout autant les salariés du secteur secondaire que du secteur tertiaire. Faisons un rapide état des lieux par les chiffres pour mieux comprendre le mal de dos :

  • 85% des maladies professionnelles déclarées en 2010 concernaient les Troubles Musculo-Squelettiques et les lombalgies (INRS) ;
  • 29% des congés maladies supérieurs à six mois sont liés à des pathologies ostéomusculaires (Caisse nationale de l’Assurance maladie, 2012) ;
  • 50% des TMS reconnus par la sécurité sociale laissent des séquelles (Dares, 2016) ;
  • En 2015, les lombalgies représentaient 20% des accidents de travail (Assurance Maladie, 2017) ;
  • 33 jours, c’est la durée moyenne des arrêts de travail dus au mal de dos (Branche AT/MP, 2015) ;
  • 53 % des salariés déclarent leur travail physiquement fatigant : parmi eux, 38% l’expliquent par une augmentation de l’exécution de gestes répétitifs, pour 32% par de longues stations debout ou dans une posture pénible et pour 19% par le port de charges lourdes. (Malakoff Médéric Humanis, 2019)
Image article mal de dos bialn TMS

Les typologies du mal de dos

Le mal de dos peut avoir une origine ostéo-articulaire, musculaire ou nerveuse. Les douleurs peuvent être occasionnelles, régulières ou encore chroniques :

  • Ostéo-articulaire :
    • Arthrose : affection chronique douloureuse des articulations due à la détérioration des cartilages.
    • Ostéoporose : diminution de la masse de l’os et une détérioration de la structure interne du tissu osseux
    • Scoliose : déviation latérale de la colonne vertébrale.
    • Cyphose : déviation de la colonne vertébrale qui rend le dos convexe.
  • Nerveuse :
    • Hernie discale : rupture du cartilage d’un disque intervertébral, qui provoque une déformation ou le glissement du noyau pulpeux vers l’extérieur. Celui-ci peut résulter en une compression des racines nerveuses.
    • Sciatique : douleurs violentes qui se font sentir le long du trajet du nerf sciatique.
    • Cruralgie : douleurs à la cuisse liées à la compression du nerf crural ou à la compression d’une ou plusieurs de ses racines.
  • Musculaire :
    • Lumbago : douleurs des lombes, souvent appelées « tour de reins ».

Mal de dos, causes et conséquences

Le plus souvent, le mal de dos est directement lié à l’activité professionnelle : travail physique intense, port de charges lourdes, gestes inadaptés ou répétitifs, position debout statique, mauvaise posture, position assise avachie, etc. D’après l’Assurance Maladie, les principales causes d’arrêts de travail en 2017 ont été la manutention manuelle (51 %) et les chutes de hauteur et de plain-pied (28%). D’autres facteurs peuvent également provoquer le mal de dos : des postures statiques ou contraignantes, la fatigue, le stress, les courbatures, le froid, l’humidité, la luminosité, etc.

Pour les individus, le mal de dos provoque des douleurs et des blocages parfois intenses. Ceux-ci peuvent ralentir ou empêcher les mouvements, les déplacements, le travail ou les activités du quotidien. S’il perdure, le mal de dos peut causer des douleurs chroniques et des incapacités de travail. Cela a également un impact sur la santé psychologique : la douleur génère de la fatigue, de l’irritabilité et diminue les capacités du système immunitaire. Les conséquences sur le moral sont également importantes ! La douleur et l’incapacité de travailler peuvent en effet causer une baisse de la motivation, de l’estime de soi, voire même une dépression, et ainsi ralentir la guérison.

Image article mal de dos au bureau

S’il n’est pas traité, le mal de dos a des conséquences graves sur la santé des salariés. Mais indirectement, il en provoque également sur la performance de l’entreprise. Cela se traduit par une baisse de la productivité, une augmentation de l’absentéisme et des arrêts maladie, qui ont un coût élevé pour l’entreprise. Le coût moyen de l’absentéisme est de 4 059€ par an et par salarié (Etude « Le coût caché de l’absentéisme au travail », Institut Sapien, novembre 2018). Les absences répétées ou de longue durée créent également une surcharge de travail qui, soit désorganise le travail de l’équipe si elle n’est pas absorbée, soit est compensée par celle-ci.

Mal de dos au travail, que faire ?

Au niveau des individus

L’action principale contre le mal de dos se fait au niveau des individus. C’est souvent une mauvaise posture ou un mauvais accomplissement de gestes qui causent les maux de dos. Avec une posture, une hygiène de vie et des exercices adaptés, on réduira considérablement ses douleurs au dos.

Gestes et postures

Pour éviter le mal dos au travail dans le secteur secondaire, il faut porter une vigilance particulière lors de port de charges lourdes. Par exemple, plier les genoux pour se baisser et faire porter le poids de la charge par les cuisses plutôt que par les bras ou le dos. En cas de posture debout statique ou de gestes répétitifs, il est recommandé de faire des pauses régulières. C’est l’occasion de bouger pour redonner du mouvement au corps. On cherchera également à s’étirer pour détendre les muscles contractés par la répétition d’un geste. Un auto-massage bref peut aussi permettre de dénouer des tensions naissantes.

Image article mal de dos

Pour éviter le mal de dos au travail dans le secteur tertiaire, l’ennemi numéro 1 est la sédentarité ! La vigilance se porte en particulier sur la colonne vertébrale, les cervicales, et les épaules. On veillera à garder une posture droite et décontractée, et à bouger régulièrement pour « déverrouiller » et étirer ses membres. Pour faire prendre conscience des risques et sensibiliser autour des méfaits de la sédentarité, des chercheurs britanniques ont d’ailleurs créé Emma, une statue de cire représentant l’employée du futur et les problèmes de santé les plus récurrents liés à la sédentarité.

Vous l’avez compris, il s’agit de mettre en place des habitudes et des gestes simples dans notre quotidien pour prévenir les maux de dos au bureau ou en usine.

Hygiène de vie

La santé du dos passe aussi par une bonne hygiène de vie :

  • Nutrition : on ne répète plus l’importance d’une alimentation saine et équilibrée pour éviter les maladies ! Cependant, beaucoup de personnes ne prennent pas de petit-déjeuner, par manque de temps, d’appétit ou par horaires décalés. Le petit-déjeuner reste un repas essentiel pour éviter la baisse d’énergie en fin de matinée, et donc le risque d’accident ;
  • Stress : de nombreuses pathologies ont pour principale cause le stress. On parle souvent de douleurs psychosomatiques, et les maux de dos ne sont pas les derniers concernés. Identifier les sources de stress et se créer des rituels de détente peut aider à limiter l’apparition de maux de dos. On peut par exemple recommander l’aromathérapie, la sophrologie, la pratique sportive, etc. ;
  • Sommeil : un matelas de qualité et des oreillers adaptés à sa morphologie et sa position pour dormir peuvent radicalement changer le confort de sommeil. La position pour dormir joue également un rôle important. Il est recommandé de dormir en position fœtale ou sur le dos pour éviter d’altérer la courbure naturelle du dos. Dernier élément pour un sommeil réparateur : un rythme régulier et des bonnes conditions pour l’endormissement (ex : température de la chambre, pas d’écran ou d’activité physique intense quelques heures avant le coucher, éviter les repas lourds, etc.) ;
  • Activité physique : c’est la première recommandation de l’Assurance Maladie pour lutter contre le mal de dos ! Le meilleur moyen de se prémunir d’un mal de dos est de le garder actif et musclé. Pour cela, le meilleur moyen est de pratiquer une activité physique régulière. Elle permet de renforcer sa masse musculaire et le bon fonctionnement des articulations. Pour vous y aider, l’Assurance Maladie a développé une appli pour lutter contre le mal de dos : Activ’Dos.
Image article Mal de dos

Quels sports pratiquer pour lutter contre le mal de dos :
Natation : c’est le sport idéal pour faire travailler en douceur les muscles du dos. L’intérêt de l’eau réside dans le fait que vous ne portez pas entièrement le poids de votre corps. En outre, l’eau amortit les mouvements et les chocs.
Cyclisme : s’il est maintenu bien droit durant l’activité, la pratique du vélo est recommandée pour soulager le mal de dos.
Yoga et exercices d’étirements : pour étirer en douceur les muscles et retrouver ampleur et souplesse dans les mouvements. Ces activités sont facilement réalisables chez soi, avec un tapis, grâce aux vidéos en ligne (retrouvez nos vidéos d’étirements musculaires sur notre chaîne Youtube). Au bureau, il existe une variante du yoga qui se pratique sur chaise.
Fitness et gainage : ils renforcent les muscles de l’ensemble du corps pour permettre une meilleure posture. Les exercices ciblés sur le dos et la paroi abdominales sont à privilégier pour prévenir le mal de dos.
Marche à pied : accessible à tous et facile à pratiquer au quotidien, c’est un excellent moyen de renforcer son dos. On préfèrera marcher plus longtemps plutôt que d’allonger ses enjambées.

D’autres solutions existent pour aider à soulager ses douleurs de dos, de manière ponctuelle ou immédiate :

Quand consulter ?

  • Après une prise d’antalgique restée sans effet sur les douleurs au bout de 48h à 72h ;
  • Si les douleurs deviennent insupportables ou incapacitantes.

On consultera en premier lieu son médecin traitant. C’est lui qui cherchera la source du problème pour orienter vers la solution la plus adaptée. En effet, il est inutile de se précipiter chez un spécialiste si le problème n’est pas mécanique : les manipulations pourraient aggraver la situation.

Au niveau des équipements

La première mesure pour éviter le mal de dos consiste à agir au niveau des équipements de travail. Acheter du matériel ergonomique ou adapter des machines n’est pas un coût mais un investissement dans le bien-être et la santé des salariés ! Cet investissement se répercutera directement dans leur productivité.

Dans le secteur secondaire, les maux de dos proviennent généralement de la position debout statique, des gestes répétitifs ou encore du port de charge lourde. Il est recommandé d’utiliser le plus possible du matériel pour aider à la réalisation de ses tâches ou pour améliorer le confort durant le travail : manutention mécanique, plan de dépose de charge à hauteur des bras, cale-debout, rehausseur, adaptation des outils et machines, chaussure « spécial mal de dos », etc.

Dans le secteur tertiaire, ce sont les méfaits de la sédentarité et du travail sur écran qui génèrent des maux de dos. Il faut des équipements ergonomiques réglés et adaptés à chaque poste en fonction du salarié qui l’occupe : chaise ou fauteuil ergonomique de bureau, hauteur du siège et de l’écran, rehausseur d’écran ou pour les pieds, etc. Il existe aussi des t-shirts censés aider à maintenir une bonne position du dos et ainsi soulager les douleurs dorsales. On peut également s’équiper d’une Swiss Ball pour s’obliger à se tenir droit.

Article travail sur écran

Les solutions de prévention du mal de dos au niveau de l’entreprise

Prévenir, c’est guérir ! L’entreprise est un lieu naturel de prévention puisque l’on y passe la majeure partie de son temps. Elle a également tout intérêt à accompagner ses salariés dans la lutte contre le mal de dos. En effet, cela contribuera à réduire les accidents et les arrêts maladie, et garantira ainsi sa performance. Pour cela, il existe des actions de prévention variées, adaptées au contexte de chaque entreprise. Ces actions doivent mettre à disposition des salariés des solutions pour prendre en main leur santé sur le lieu de travail mais aussi à l’extérieur.

Les formations

Savoir, c’est pouvoir… agir sur les causes à l’origine du mal de dos. Grâce aux formations, les salariés sont mieux informés et peuvent prendre conscience des habitudes à changer pour améliorer leur santé.

Pour le secteur secondaire, il existe des formations spécifiques :

Le secteur tertiaire n’est pas en reste :

La causerie sécurité

Temps fort de la prévention dans le secteur secondaire, et particulièrement dans le BTP et la logistique, la causerie sécurité est un moment d’échanges autour de sujets liés à la santé et à la sécurité. Elle permet la transmission de messages ou encore le rappel des consignes et des bonnes pratiques.

A la prise de poste ou à la reprise après une pause, le chef d’équipe, le préventeur ou même le responsable de site doit réussir à mobiliser ses équipes par un message fort et s’assurer que celui-ci est compris et appliqué. C’est également l’occasion de prendre connaissance des difficultés que peuvent rencontrer les salariés dans leur travail

Image article mal de dos

La communication de prévention

Petite ou grande entreprise, secteur tertiaire comme secondaire, il est nécessaire que la Direction multiplie les messages de prévention à destination de son personnel. Elle doit répéter régulièrement les règles et les bonnes pratiques, sur un ton positif et mobilisateur, afin que le message s’ancre dans l’esprit et dans le quotidien des salariés.

Elle doit aussi être à l’écoute des retours des salariés en cas de problème ou de piste d’amélioration : c’est en effet venant du « terrain », salariés et chefs d’équipe, qu’elle recevra les informations les plus pertinentes pour agir en cas de dysfonctionnements, afin de limiter la propagation ou la duplication d’un problème, et apporter des solutions à grande échelle. L’entreprise sera ainsi plus à même de donner les moyens aux salariés d’améliorer leurs conditions de travail et leur santé.

Les référents internes santé-sécurité

La communication et la mobilisation des salariés de l’entreprise ne peut se faire sans le rôle pivot, officiel ou non, de référent santé-sécurité. C’est bien souvent le manager qui le tient, du fait de son expérience et ses responsabilités vis-à-vis de ses équipes.

Mais d’autres salariés peuvent également endosser ce rôle, soit pour décharger le manager, soit pour mobiliser autrement les équipes, soit pour renforcer des compétences clefs autour de la prévention : salarié-ambassadeur, référent désigné et formé à la santé et la sécurité, responsable QHSE, médecin du travail, etc.

Des formations variées existent pour accompagner ces référents dans leur démarche de prévention :

Image article mal de dos

Des exemples d’actions concrètes contre le mal de dos en entreprise :
Gardner Aerospace, site de l’Ariège : bureaux modulables pour alterner travail assis et travail debout ;
SMICTOM Alsace Centrale : nouvelle cadence de tri pour une posture plus détendue et une meilleure exécution des gestes ;
Supermarché Cora, Forbach : acquisition de chariots élévateurs pour transporter ou soulever les marchandises.

Conclusion

Le mal de dos peut prendre source dans de multiples situations de la vie quotidienne, dans le milieu privé comme professionnel. Les mesures de soin et de prévention ne doivent donc pas se limiter uniquement à la sphère privée. Il est aussi dans l’intérêt de l’entreprise de mettre en place des dispositifs pour améliorer les conditions de travail et ainsi réduire l’absentéisme et les arrêts de travail causés par les maux de dos. Au-delà de l’intérêt purement économique, l’entreprise développe ainsi une véritable culture sécurité et renforce son image de marque auprès de ses salariés mais aussi dans son secteur, devenant ainsi figure de proue d’un mouvement plus large de santé-sécurité au travail.

Cependant, ces dispositifs doivent s’inscrire dans une démarche de prévention plus que de réaction, afin d’agir en amont sur les causes des douleurs. Au-delà des traditionnels messages de vigilance et de conseils autour des risques professionnels, l’entreprise doit accompagner les salariés vers une prévention 360°, qui englobe autant la vie professionnelle que personnelle. Elle doit proposer des actions pour informer, former et donner les moyens d’agir facilement pour transformer ses habitudes de vie et de travail. L’une des pistes d’action à privilégier pour lutter contre les maux de dos, et qui est d’ailleurs porté par l’Assurance Maladie comme outil de prévention efficace et peu coûteux, est l’activité physique. Il peut donc être intéressant pour les entreprises de déployer une communication et des actions autour du sport et du bien-être physique, sur le lieu de travail comme en dehors.


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