Soulever un carton, pousser un chariot, accompagner un patient, charger une palette : la manutention manuelle est l’un des gestes les plus banals du travail… et l’un des plus risqués. Selon le Ministère du Travail, elle est à l’origine de 50 % des accidents du travail en France (Ministère du Travail, 2023). Et derrière ces accidents, des troubles musculosquelettiques (TMS) qui représentent à eux seuls 86 % des maladies professionnelles reconnues, selon Santé Publique France.
En tant qu’entreprise, le risque de manutention manuelle est à la fois humain (douleurs, arrêts, désengagement), financier (cotisations AT/MP, désorganisation) et juridique. Bonne nouvelle : il est largement évitable. À condition d’agir sur plusieurs leviers en même temps.
Découvrez dans cet article 5 actions de prévention à mettre en place pour prévenir les TMS dans votre entreprise.
Sommaire de l'article
Manutention manuelle et TMS : de quoi parle-t-on ?
Le Code du travail définit la manutention manuelle comme « toute opération de transport ou de soutien d’une charge, dont le levage, la pose, la poussée, la traction, le port ou le déplacement, qui exige l’effort physique d’un ou de plusieurs travailleurs » (article R4541-2).
La définition est large : elle couvre les charges lourdes, mais aussi les gestes répétitifs et les efforts soutenus sur charges légères. Concrètement, presque tous les métiers physiques sont concernés : logistique, BTP, industrie, propreté, agroalimentaire, sanitaire et social avec la manipulation de personnes, commerce, restauration.
Le risque se matérialise sous deux formes :
- Les accidents du travail (lumbagos, hernies, déchirures, entorses).
- Les troubles musculosquelettiques (lombalgies, tendinites, syndrome du canal carpien, épicondylites, hernies discales…).
Les zones les plus touchées sont le dos, les épaules, les bras, les poignets et les genoux.
Les chiffres clés à connaître
- Les TMS sont la 1ère cause de maladies professionnelles reconnues (Santé Publique France, 2024).
- 86 % des maladies professionnelles tout secteur confondu sont des TMS (Santé Publique France, 2024).
- La manutention manuelle est à l’origine de 50 % des accidents du travail (Ministère du Travail, 2023).
- 4 personnes sur 5 souffriront de lombalgie au cours de leur vie (Assurance Maladie).
Les lombalgies représentent 20 % des accidents du travail et 7 % des maladies professionnelles (INRS, 2023).
Coût et prévalence des TMS par secteur
Le risque lié à la manutention manuelle n’est pas réparti uniformément. Les données de l’Assurance Maladie illustrent les écarts entre secteurs :
Source : Assurance Maladie — Risques professionnels, 2025. Dans les secteurs les plus exposés, les TMS représentent quasiment la totalité des maladies professionnelles reconnues. La facture annuelle se chiffre en centaines de millions d’euros et en millions de journées de travail perdues.
Comprendre les facteurs de risque pour mieux agir
L’apparition d’un TMS est rarement monocausale. Les ergonomes identifient 5 grandes familles de facteurs qui se combinent et s’aggravent mutuellement (Source : INRS, 2025).
- Facteurs biomécaniques : contraintes posturales, efforts physiques, fréquence et durée des postures difficiles, gestes répétitifs.
- Facteurs environnementaux : exposition au froid ou au chaud, sols glissants, environnement encombré, vibrations, mauvaise ergonomie des postes de travail.
- Facteurs organisationnels : travail en flux tendu, cadence imposée, travail isolé, manque de pauses, polyvalence non préparée.
- Facteurs psychosociaux : mutation du métier, changement des pratiques, perte de sens, qualité de la communication managériale.
Facteurs individuels : âge, état de santé, hygiène de vie, antécédents médicaux.
En tant qu’entreprise, deux enseignements à retenir :
- Agir uniquement sur la formation aux gestes ne traite qu’une partie du problème, c’est-à-dire les facteurs biomécaniques.
- Les leviers les plus puissants sont souvent organisationnels (charges, cadences, flux) et psychosociaux (communication, sens, soutien managérial).
C’est précisément ce que les 5 actions ci-dessous adressent.
5 actions concrètes pour prévenir le risque manutention manuelle
Ces 5 actions sont issues du webinaire Goalmap « Mieux vaut prévenir — 5 actions pour prévenir les TMS des métiers physiques ». Vous pouvez visionner le replay.
Elles fonctionnent en complémentarité : prises isolément, leur impact est limité ; combinées, elles installent une véritable culture de prévention.
Elles fonctionnent en complémentarité : prises isolément, leur impact est limité ; combinées, elles installent une véritable culture de prévention.Avant de commencer, n’hésitez pas à tester vos connaissances sur les TMS grâce à notre quiz TMS manutention mauelle.
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Action n°1 : Réaliser un audit TMS
Objectif : cartographier les postes à risque et prioriser les actions de prévention.
Avant d’agir, mesurer. L’audit TMS est la fondation de toute démarche sérieuse. Concrètement, il combine quatre sources d’information :
- Observer les gestes et postures sur le terrain à l’aide d’une grille d’analyse (la grille INRS « charge physique » est une référence) ;
- Recueillir le ressenti des opérateurs via un questionnaire (douleurs, fatigue, points durs) ;
- S’appuyer sur les données médicales et RH disponibles : AT et MP déclarés, absentéisme, restrictions médicales, RQTH ;
- Conduire un groupe de travail mixte (managers, salariés, RH, CSE) pour faire émerger des actions concrètes.
Le livrable n’est pas un rapport de plus : c’est un plan d’action hiérarchisé, intégré au Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP).
Action n°2 : Former des référents internes et des managers
Objectif : ancrer la prévention dans le quotidien grâce à des relais de terrain formés.
Une démarche portée uniquement par la direction ou par un prestataire externe ne tient pas dans la durée. Il faut des relais internes, idéalement parmi les managers de proximité. Voici comment procéder :
- Sélectionner des volontaires parmi les managers de proximité (la motivation prime sur le grade) ;
- Les former aux gestes à risque du métier, aux signaux d’alerte, aux principes d’économie d’effort et, si pertinent, à l’animation de séances d’éveil musculaire ;
- Leur donner des outils simples pour communiquer auprès de leur équipe (livret pédagogique, affiches, séquences vidéo courtes) ;
- Organiser des points réguliers entre référents pour partager les bonnes pratiques (notamment sur les aménagements de poste qui ont fonctionné).
Pour les RH, c’est aussi une excellente opportunité de développer une compétence reconnue chez les managers de proximité.
Action n°3 : Sensibiliser en continu via les rituels d’équipe
Objectif : créer une culture de prévention partagée par tous.
Une formation, même excellente, s’oublie. La prévention vit dans les rituels du quotidien :
- Intégrer un temps d’échange sur le risque TMS en début de poste, en réunion d’équipe ou lors d’un safety day ;
- Utiliser des supports visuels simples : affiches, livrets pédagogiques, vidéos courtes ;
- Varier les formats pour entretenir l’attention : témoignages, quiz, démonstrations en situation réelle ;
- Adapter les messages aux métiers et aux zones corporelles concernées (un cariste, une AESH et un cuisinier n’ont pas les mêmes contraintes).
L’objectif n’est pas de répéter mais d’enrichir : chaque rituel doit apporter un nouvel angle ou un nouvel exercice.
Action n°4 : Mettre en place l’éveil musculaire et les pauses actives
Objectif : réduire la fatigue musculaire et prévenir les douleurs avant qu’elles s’installent.
L’éveil musculaire est une routine courte (5 à 10 minutes) en début de poste qui prépare le corps à l’effort. Couplé à des pauses actives ou à des étirements en mi-journée. LA mise en place d’une démarche d’éveil musculaire est l’une des actions les plus rentables, à condition d’être bien déployée.
Pour cela, vous devez :
- Définir des créneaux fixes (début de poste pour l’éveil musculaire, mi-journée pour les étirements) ;
- Proposer des exercices ciblés sur les zones à risque du métier (dos, épaules, poignets selon le poste) ;
- Former un référent à l’animation des séances (action n°2) ;
- Rendre la pratique visible et collective pour favoriser l’adhésion : c’est un rituel d’équipe, pas une consigne individuelle.
En vidéo, découvrez un exemple d’exercice d’échauffement, pour les coudes.
Goalmap a accompagné de nombreux acteurs comme Disneyland Paris, Viapost et plusieurs enseignes du retail sur ces démarches d’éveil musculaire, avec des routines personnalisées par métier.
Action n°5 : Faire remonter les idées du terrain
Objectif : impliquer les opérateurs dans la prévention et capter les signaux faibles.
Les meilleures idées d’amélioration viennent presque toujours du terrain. Encore faut-il leur donner un canal et leur montrer qu’elles sont prises au sérieux :
- Mettre en place un canal simple de remontée (boîte à idées physique, application mobile, brief quotidien, etc.) ;
- Traiter et répondre systématiquement aux remontées, même celles qu’on ne retient pas : c’est ce qui installe la confiance ;
- Encourager le signalement des inconforts avant que la douleur ne s’installe (c’est là qu’on évite l’accident) ;
- Valoriser les idées retenues, nommer leurs auteurs, expliquer pourquoi elles ont été choisies.
Cette action est aussi un levier d’engagement : se sentir écouté sur sa santé et ses conditions de travail est un puissant facteur de fidélisation.
Conclusion
Réduire le risque manutention manuelle, c’est sortir d’une approche « formation isolée » pour construire une démarche complète : auditer, former des référents, ancrer des rituels, déployer l’éveil musculaire et écouter le terrain. Les 5 actions présentées ici fonctionnent ensemble, c’est leur combinaison, plus que chaque action prise séparément, qui change durablement les indicateurs.
Aucune entreprise ne déploie tout en une fois. Commencez par l’audit, identifiez deux actions à fort impact, mesurez, élargissez.
Pour aller plus loins, téléchargez notre livre blanc « Prévention des TMS dans le secteur secondaire ».






