En France, un adulte sur quatre présente une forme de déficience auditive, et 4% une forme invalidante (Lisan et al., 2022). Autrement dit, dans presque chaque équipe, une ou plusieurs personnes vivent avec une surdité, souvent sans l’avoir dit. La Journée Mondiale des Sourds (JMS), célébrée le dernier samedi de septembre, offre un point d’appui pour aborder le sujet.

Voici ce qu’est cette journée, pourquoi la surdité est un enjeu de travail à part entière, et comment vous en servir pour sensibiliser vos équipes.

La Journée Mondiale des Sourds, qu’est-ce que c’est ?

Instaurée par la Fédération mondiale des sourds en 1958, la Journée Mondiale des Sourds est célébrée chaque année le dernier samedi de septembre, soit le 26 septembre en 2026. Elle s’inscrit dans la Semaine internationale des Sourds, également portée par la Fédération. Sa vocation est de sensibiliser le grand public à la culture sourde, à la langue des signes et aux droits des personnes sourdes et malentendantes.

C’est d’abord un rendez-vous porté par la communauté sourde et le monde associatif. Mais rien n’empêche une entreprise de s’en saisir comme d’un temps fort de sensibilisation interne, au même titre qu’elle mobilise Octobre rose ou le Mois sans tabac.

À savoir : Une partie de la communauté sourde signante ne se définit pas comme une population handicapée, mais comme une minorité linguistique et culturelle, dotée d’une langue à part entière. La journée célèbre cette culture autant qu’elle alerte sur des difficultés.

Pourquoi sensibiliser à la surdité au travail ?

Qu’est-ce que la surdité ?

Sur le plan médical, la surdité désigne une diminution ou une abolition de la capacité à percevoir les sons ; l’OMS situe le seuil de l’audition normale à 20 décibels sur les deux oreilles, et parle de perte « incapacitante » au-delà de 35 dB dans la meilleure oreille. Cette mesure dit tout de l’oreille et rien du quotidien.

À savoir : Dans le langage médical, « surdité » couvre l’ensemble des pertes auditives, alors que dans l’usage courant le mot est réservé aux atteintes sévères à profondes, les personnes concernées par une perte légère à moyenne se disant plutôt « malentendantes ».

Chiffres à connaître sur la surdité :

  • En France, un adulte sur quatre (25%) présente une forme de déficience auditive (Lisan et al., 2022).
  • La prévalence grimpe avec l’âge : de 6% avant 25 ans à plus de 65% après 65 ans (Inserm, 2023).
  • 4% des adultes ont une forme invalidante, et seuls 37% d’entre eux portent un appareil (Lisan et al., 2022).
  • Le bruit est une cause première de surdité, y compris en milieu professionnel (Inserm, 2023).
  • Dans le monde, 430 millions de personnes ont besoin de soins auditifs, et 2,5 milliards seront concernées d’ici 2050 (OMS, 2026)

Cette combinaison, fréquence et invisibilité, explique pourquoi un collègue peut compenser en silence, se fatiguer à suivre les échanges et s’isoler peu à peu, sans que personne ne le sache. La méconnaissance nourrit alors les maladresses. Sensibiliser, c’est donner à chacun des repères simples pour lever ces malentendus.

La surdité, un handicap situationnel

Deux collègues au même audiogramme peuvent vivre des journées radicalement différentes. C’est ce que pose la loi du 11 février 2005, qui définit le handicap comme une limitation d’activité subie dans son environnement du fait d’une altération de ses fonctions. Le handicap n’est donc pas dans l’oreille : il naît d’un environnement qui n’a pas anticipé la déficience. La même surdité est peu handicapante dans un échange en face-à-face bien éclairé, et fortement handicapante dans une réunion où quatre personnes se coupent la parole.

3 idées reçues sur la surdité au travail

« Être sourd, c’est parler en langue des signes »

Les situations sont en réalité aussi variées que les personnes : perte légère à profonde, sur une oreille ou les deux, de naissance ou acquise. La plupart des personnes malentendantes communiquent à l’oral, avec ou sans aides auditives, tandis que les personnes sourdes profondes peuvent recourir à la langue des signes française (LSF) (OMS, 2026). La LSF n’est donc qu’un mode de communication parmi d’autres, aux côtés de la lecture labiale, des appareils auditifs et de l’écrit. Le bon réflexe : ne jamais présumer du mode de communication d’une personne, et le lui demander.

Le saviez-vous ?
La langue des signes n’est pas universelle.
De la même façon qu’il n’existe pas une langue parlée unique dans le monde entier, plusieurs langues des signes se sont développées et ont évolué selon les pays. À l’instar des langues parlées, les langues des signes peuvent même varier d’une région à l’autre au sein d’un même État.

« Il suffit de parler plus fort »

Ce n’est presque jamais une question de volume. Ce qui change tout, ce sont les conditions de l’échange : parler en se plaçant face à la personne et à visage découvert, veiller à ce qu’une seule personne s’exprime à la fois, écrire les informations importantes, activer le sous-titrage automatique en visioconférence, soigner l’éclairage et éviter le contre-jour. Ces gestes profitent d’ailleurs à tout le monde, pas seulement aux collègues concernés.

« C’est à la personne concernée de s’adapter »

C’est plutôt l’inverse : ce ne sont pas les collègues sourds ou malentendants qui posent problème, mais des situations mal conçues, une réunion où chacun parle en même temps, un open space bruyant, une alerte de sécurité uniquement sonore. On ajuste donc l’environnement, et on le fait avec la personne : mieux vaut lui demander ce qui lui convient que décider à sa place, et co-construire les aménagements de poste, le cas échéant dans le cadre d’une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). La sensibilisation collective prépare le terrain ; elle ne remplace pas ce dialogue individuel.

Comment agir le 26 septembre dans votre entreprise ?

La réussite ne tient pas au format retenu, mais à ce qu’il laisse : un ou deux réflexes encore en place une fois la journée passée. Voici cinq actions qui ont fait leurs preuves, la façon de les mener, et les conditions pour qu’elles servent vraiment.

Ouvrez un café-débat autour du handicap.

Ce format d’échange convivial met les idées reçues sur la table pour les déconstruire ensemble, sans culpabiliser personne.

C’est le registre de la prévention positive : on parle vrai, on fait bouger le regard, on repart avec des repères. Idéal pour amorcer le sujet dans une équipe qui ne l’a jamais abordé.

Corrigez les idées reçues en collectif

Un quiz de cinq ou six questions, repris des croyances de cet article (« faut-il parler plus fort ? », « un aménagement coûte-t-il cher ? »), engage bien plus qu’un exposé descendant. Le vrai moment pédagogique est le débrief, où l’on donne la réponse et surtout le pourquoi.

Donnez la parole à une personne sourde ou malentendante

Un témoignage, en présentiel ou en vidéo, via une association ou un intervenant spécialisé, marque durablement plus que n’importe quel argumentaire, parce qu’il incarne le sujet.

Si un collègue de l’entreprise souhaite témoigner, tant mieux, mais cela relève de son seul choix (voir les conditions ci-dessous).

Faites découvrir quelques signes utiles

Une initiation courte à la langue des signes, autour de quelques mots du quotidien (bonjour, merci, réunion), crée de la curiosité et du lien.

À une condition : la présenter comme une ouverture culturelle, non comme la compétence à acquérir, sous peine de renforcer l’idée reçue selon laquelle « sourd » équivaut à « langue des signes ».

Organisez un atelier immersif pour changer de regard

Une mise en situation, souvent ludique, fait éprouver concrètement les conditions de communication d’une personne sourde ou malentendante : suivre une consigne le son coupé, échanger en s’appuyant seulement sur l’écrit.

Une réserve importante : l’exercice sert à ressentir des conditions dégradées, pas à « jouer au sourd », travers que la communauté sourde critique à raison. Cadrez-le avec respect, idéalement avec un intervenant concerné.

3 conditions pour que ça serve

  • Anticipez la logistique. Deux à trois semaines avant, calez le format, réservez un créneau protégé et préparez des supports accessibles et sous-titrés. Une action improvisée la veille envoie le signal inverse de celui recherché : l’accessibilité se prépare, elle ne s’improvise pas.

  • N’exposez jamais un collègue concerné. C’est la règle non négociable. On informe, on propose, on ne désigne personne. La participation ou le témoignage d’une personne sourde ou malentendante lui appartient, et n’est jamais une attente implicite. Un référent qui met en avant un collègue au nom de la bonne cause fait plus de tort que de bien.

  • Prévoyez la suite. Une journée ne vaut que par ses effets. Repartez avec un ou deux engagements concrets et vérifiables : activer le sous-titrage par défaut en visioconférence, doubler les alertes sonores de sécurité par des alertes visuelles, inscrire l’accessibilité des réunions dans les habitudes. Un engagement tenu pèse plus que dix intentions.

Situez enfin la journée dans votre calendrier. La Journée mondiale des sourds cible la surdité en septembre, tandis que la Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées (SEEPH) élargit à tout le handicap en novembre. Nous vous recommandons de traiter la première comme un point de départ, à prolonger dans la seconde, plutôt que comme un événement isolé.

Questions fréquentes

La Journée Mondiale des Sourds, c’est quand ?

Elle a lieu le dernier samedi de septembre, soit le 26 septembre en 2026, dans le cadre de la Semaine internationale des sourds. Elle est portée par la Fédération mondiale des sourds depuis 1958.

Quelle est la différence entre une personne sourde et une personne malentendante ?

Une personne malentendante a une perte auditive moyenne à sévère et communique généralement par la parole, souvent avec des aides auditives ou du sous-titrage. Une personne sourde a le plus souvent une perte profonde et peut recourir à la langue des signes (OMS, 2026). Dans les faits, chaque situation est singulière.

Faut-il apprendre la langue des signes pour communiquer avec un collègue malentendant ?

Non, pas nécessairement. La majorité des personnes malentendantes communiquent à l’oral, et des gestes simples suffisent souvent : parler en face, veiller à ce qu’une seule personne parle à la fois, écrire l’essentiel, activer le sous-titrage. Le mieux reste de demander à la personne son mode de communication préféré.

Journée Mondiale des Sourds ou Semaine du handicap : quel temps fort choisir pour agir ?

La Journée mondiale des sourds (26 septembre) cible spécifiquement la surdité ; la SEEPH (novembre) couvre l’ensemble du handicap au travail. Les deux se complètent : la première pour un focus, la seconde pour une démarche d’inclusion plus large.

La surdité ne se règle pas par un événement une fois l’an. Une journée comme celle du 26 septembre vaut surtout par ce qu’elle enclenche : une attention qui dure, des réunions mieux pensées, un collègue qui ose enfin dire son besoin. C’est à ce moment précis que la sensibilisation cesse d’être une case du calendrier pour devenir de l’inclusion au quotidien.