44% des salariés estiment fréquentes les pratiques addictives dans leur milieu professionnel (Source : Elabe Gae Conseil, 2019).

Les addictions au travail mettent en danger la santé et la sécurité des salariés et peuvent entraîner de graves accidents du travail. Alcool, drogues, médicaments, etc. : ces consommations à risques ne doivent donc pas être prises à la légère au sein d’une entreprise. 

Quelles sont les obligations de l’employeur ? Comment sensibiliser ses salariés aux addictions au travail ? Comment construire une démarche de prévention ? Faisons le point ensemble. 

Addictions au travail : de quoi parle-t-on ?

Verre d'alcool

Définition de l’addiction au travail

L’addiction est une pathologie cérébrale, chronique et récidivante, et non un vice. Elle se caractérise par une consommation répétée, excessive et incontrôlable d’une substance psychoactive ou psychotrope, et ce, malgré la connaissance de ses conséquences négatives.

Quelle est la différence entre substances psychoactives et psychotropes ?

20 à 30% des 650 000 accidents de travail annuels sont corrélés à la prise d’une substance psychoactive.

Source : Addict’AIDE Pro

Une substance est dite psychoactive lorsqu’elle perturbe le fonctionnement du cerveau et modifie l’état de conscience. Le tabac, l’alcool, le cannabis, les champignons hallucinogènes, les drogues semi-synthétiques (cocaïne, héroïne, etc.) et de synthèse (amphétamines, ecstasy, etc.) appartiennent à cette catégorie. 

Les psychotropes sont tous les médicaments qui modifient le psychisme et donc notre comportement : les antidépresseurs, les anxiolytiques ou tranquillisants, les hypnotiques ou somnifères, les neuroleptiques, les régulateurs de l’humeur, etc.

Quelle est la différence entre drogue et stupéfiant ?

Le terme drogue recouvre toutes les substances psychoactives et psychotropes, qu’elles soient licites (tabac, alcool, médicaments) ou illicites (drogues).

Le terme stupéfiant a une connotation juridique. Il désigne les substances psychoactives et psychotropes interdites dont l’usage est contrôlé (drogues illicites) mais aussi les médicaments avec des règles de prescription strictes.

550 000 actifs occupés commencent leurs journées en fumant un joint.

Source : MILDECA

Qu’est-ce qui différencie la dépendance de l’addiction ?

La dépendance est un ensemble de symptômes (physiologiques, cognitifs et comportementaux) qui surgissent suite à l’arrêt brusque de la consommation d’une substance psychoactive ou psychotrope. Cela cause une sensation désagréable de manque.

Mécanisme neurologique de l'addiction


Addictions au travail : les obligations légales de l’employeur et les sanctions pénales

L’employeur a une co-responsabilité civile et pénale et encourt des sanctions en cas d’accident de travail causé par un salarié sous l’emprise d’une substance psychoactive ou psychotrope. De plus, les salariés ont également  une obligation de sécurité envers eux-mêmes et à l’égard d’autrui (Source : Article L.4122-1 du Code du Travail).

Les obligations légales de l’employeur :

  • Obligation de résultat en matière de santé et de sécurité des salariés et des dommages qu’ils peuvent causer à des tiers (article L.4121-1 du Code du travail) ;
  • Devoir de prévention des addictions mais aussi d’action en matière de gestion des conduites addictives au travail ;
  • L’employeur doit prendre toutes les mesures nécessaires pour s’assurer que sa politique en matière de prévention des addictions est effectivement appliquée.
  • en matière de prévention des addictions est effectivement appliquée. 

L’employeur dispose de plusieurs droits en matière de contrôle et de dépistage. Il peut  :

  • Encadrer les boissons alcoolisées sur le lieu de travail (Source : Code du travail, art. R4228-20 : seuls le vin, la bière, le cidre et le poiré sont autorisés) ;
  • Interdire l’accès aux personnes en état d’ivresse (Source : Code du travail, art. R4228-1) ; 
  • Vérifier l’état d’ébriété par éthylotest (si cette règle est inscrite dans le règlement intérieur de l’entreprise) ; 
  • Recourir à des tests salivaires (si cette règle est inscrite dans le règlement intérieur de l’entreprise) ;
  • Procéder à des fouilles vestimentaires et des casiers (si cette règle est inscrite dans le règlement intérieur de l’entreprise).

Le montant maximum des pénalités s’élève à 10 000 € d’amende pour un employeur qui tolère un salarié en état d’ivresse sur son lieu de travail.

Addictions au travail : les causes et conséquences

Cigarettes

Quels sont les facteurs de risque ?

Les addictions au travail ont un impact important sur le quotidien des personnes addictes.

  • Risques individuels : 
  1. Prédispositions génétiques ;
  2. Fragilités psychologiques (anxiété, dépression…) ;
  3. Seuil de tolérance.
  • Produits et modes de consommation :
  1. Pouvoir addictif de la substance (ex : tabac) ;
  2. Fréquence des prises, polyconsommation.
  • Risques environnementaux :
  1. Traumatismes (deuils, divorces, maladies…) ;
  2. Initiation précoce aux substances (ex : famille).
  • Risques professionnels : 
  1. Risques psychosociaux (stress, violences internes) ;
  2. Conditions et charge de travail, pression, précarité… ;
  3. Cultures d’entreprise (pots…).

Quels sont les risques des addictions pour la santé physique et mentale ?

Risques immédiats Risques chroniques
L’alcoolPerte de coordination (chutes, accidents), violences Troubles digestifs, cancers, maladies cardio-vasculaires, etc.
Le tabacAugmentation du stress, de la tension artérielle et de la fréquence cardiaqueCancers, maladies cardio-vasculaires, maladies respiratoires, ménopause et ostéoporose précoce
Le cannabisPerte de coordination (chutes, accidents), retards fréquentsBronchites chroniques, cancers, diminution de la testostérone, troubles psychiatriques, etc.
Les médicaments psychotropesDiminution de la vigilance (accidents), désocialisationTroubles de la vision, hormonaux, neurologiques, tachycardie, hypotonie musculaire, perte de la mémoire
La cocaïneSentiment d’invincibilité, paranoïa, agressivité (conflits)Infections répétées, crises d’épilepsie, maladies psychiatriques, etc.
Les opiacés (héroïnes, morphine…) Diminution de la vigilance (accidents), retards fréquents, absentéisme, désocialisationDommages du foie, infertilité, troubles psychiques et psychiatriques, Infections au VIH, hépatite B et C
Les drogues de synthèse (ecstasy, amphétamines)Diminution de la vigilance (accidents), retards fréquents, absentéisme, désinhibition (conflits)Insuffisances respiratoires, hypertension, crises d’épilepsie, baisse de l’acuité visuelle, maladies psychiatriques

Quels sont les impacts négatifs en entreprise ?

10 000 à 13 000 journées de travail sont perdues quotidiennement en France pour cause d’absentéisme lié à l’alcool

Source : Alcool Info Service

Les addictions provoquent des risques et coûts potentiels pour l’entreprise, qui peuvent être :

  • Immédiats : 
  1. Incidents et accidents (chutes sur le lieu de travail, collisions de véhicules sur la route pouvant impliquer des tiers) dûs à une diminution des réflexes, de la vigilance et à une perte de coordination ; 
  2. Risques psychosociaux (conflits interpersonnels, violences internes et externes) avec l’altération du comportement (impulsivité, irritabilité, agressivité, désinhibition, etc.).

  • Chroniques : 
    1. Absentéisme (dont arrêts maladie) et retards fréquents ;
    2. Baisse de la productivité ;
    3. Désocialisation ;
    4. Désinsertion professionnelle.

    Quels sont les secteurs et les postes les plus touchés par les addictions au travail ?

    D’après la MILDECA, les 18-35 ans seraient les plus nombreux à fumer. Néanmoins, les hommes de plus de 50 ans et les ouvriers sont les plus grands consommateurs,

    plus de 25 % d’entre eux fumeraient 20 cigarettes ou plus par jour

    Source : MILDECA

    En ce qui concerne l’usage dangereux d’alcool, les employés sont les premiers concernés, suivis de très près par les ouvriers. Les secteurs de l’industrie, du commerce, des services à la personne et de l’éducation seraient les plus touchés par ce phénomène.

    Le Ministère du travail relève quatre postes les plus touchés par les addictions :

    • Le travail en poste, de nuit et isolé ;
    • Les postes à responsabilités élevées (stress, pression hiérarchique et obligation de résultat…) ;
    • Les postes exigeant de la vigilance (contrôle du procédé sur les sites à hauts risques, postes de surveillance…) ;
    • Les postes de conduite ou de pilotage (transports, manutention mécanique…).

    Comment prévenir les conduites addictives au travail ?

    Addiction médicaments

    Construire une démarche de prévention

    Pour structurer les actions de prévention, il existe 5 étapes :

    1. Intégrer dans la RSE la problématique des conduites addictives ;
    2. Prendre en compte les pratiques addictives dans le DUERP (Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels), en identifiant les situations de travail à risques, et analyser les potentiels dysfonctionnement dans l’organisation et les conditions de travail de l’entreprise (charge, management, contraintes physiques…) ;
    3. Sensibiliser et former de manière continue sur la législation en vigueur, le règlement intérieur, le protocole de gestion de crise et les risques pour la santé et la sécurité ;
    4. Organiser des journées de prévention avec des activités ludiques et promouvoir les sites de référence (Addict’AIDE) et les numéros verts ;
    5. Normaliser le RPIB (Repérage Précoce et l’Intervention Brève), effectuer un diagnostic général dans l’entreprise afin de détecter les consommations à risques.

    Détecter une situation dangereuse

    Pour détecter une situation dangereuse, il est important de connaître les signaux d’une consommation problématique :

    • Alcool : Rougeur des yeux et du visage, haleine caractéristique, troubles de l’élocution et de la mémoire, ralentissement de la pensée ;
    • Tabac : Toux, essoufflements fatigue persistante, irritation des yeux, voix rauque, diminution de l’appétit, du goût et de l’odorat ; 
    • Cannabis : Rougeur des yeux, relâchement comportemental, troubles de la mémoire, difficultés de concentration, maladresses répétées, lenteur d’exécution ;
    • Médicaments psychotropes : Fatigue, somnolence, anxiété, dépression ;
    • Cocaïne : Agitation, euphorie, hyperactivité, dépression et fatigue les lendemains de prises ;
    • Opiacés : Rougeur des yeux, reniflement, nez qui coule, apparence négligée, humeur instable ;
    • Drogues de synthèse : Transpiration excessive, déshydratation, dilatation des pupilles, agitation, tics, dépression et fatigue.

    Conduites addictives au travail : accompagner un salarié en difficulté

    Pour accompagner un salarié en difficulté à cause des addictions, il est important que l’employeur :

    • Nomme le problème sans tabou : Les non-dits se transforment en situation de crise. Libérer la parole est le premier maillon de la chaîne préventive et curative ; 
    • Adopte une posture bienveillante : Poser des questions sur son état, se référer à des faits (incidents, changements de comportement) précis, sans stigmatiser ni juger ;
    • Rappelle les sanctions pénales et disciplinaires encourues : Les implications légales de ses actes, sa responsabilité vis-à-vis d’autrui ; 
    • Oriente vers des structures spécialisées : Partager les coordonnées des réseaux d’entraide et les numéros verts ; 
    • Définisse des axes d’amélioration : Prévoir un entretien ultérieur, notifier et signer le tout par écrit idéalement.

    Le rôle des acteurs de l’entreprise, les services d’aide et réseaux de soutien

    Chaque acteur de l’entreprise a un rôle important à jouer.

    L’employeur a pour rôle de : 

    • Protéger et évaluer l’état de santé des salariés en les questionnant sur leur consommation ;
    • Orienter vers des spécialistes compétents ;
    • Informer et former sur les risques liés à l’usage de certaines substances.

    Le personnel encadrant (managers) :

    • Sensibiliser les équipes ;
    • Appliquer la politique de l’entreprise ;
    • Faire remonter les problèmes et risques à la direction (intermédiaire entre salariés et direction) ;
    • Initier le dialogue, lever le tabou.

    Le service de santé :

    • Évaluer l’état de santé des salariés ;
    • Soigner et orienter vers des spécialistes ;
    • Informer sur les risques.

    Le service social :

    • Apporter un soutien psychologique ;
    • Faciliter l’accès aux soins ;
    • Maintenir le lien social.

    Les ressources humaines :

    • Faire remonter les situations à risques ;
    • Recommander et appliquer des mesures disciplinaires.

    Les instances représentatives (CSE) :

    • Participer aux actions de prévention ;
    • Alerter en cas de danger grave imminent (mission de vigilance).

    Le préventeur santé sécurité  :

    • Piloter l’inventaire des risques psychosociaux ;
    • Participer aux mesures de sensibilisation et de communication.

    Les salariés :

    • Protéger leur santé, leur sécurité et celle des autres (obligation et responsabilité) ;
    • Alerter en cas de situation de crise (devoir de vigilance) ;
    • Ne pas hésiter à parler de ses difficultés ;
    • Porter assistance à une personne en danger.

    Les numéros verts

    Numéros verts

    Le numéro vert désigne une catégorie de numéros de téléphone gratuits. Dans le cas des addictions, il en existe plusieurs : 

    • Tabac info service : 39 89 (poste fixe du lundi au samedi de 8h à 20h) ;
    • Écoute cannabis : 0 811 91 20 20 (de 8h à 20h) ;
    • alcool-info-service.fr : 0 980 980 930 (7j/7 de 8h à 2h) ;
    • drogues-info-service.fr : 0 800 23 13 13 (7j/7 de 8h à 2h).

    L’idéal est d’afficher ces numéros clairement dans vos locaux et documents mis à disposition des salariés.

    Idées de formations et d’ateliers à mettre en place pour aider les salariés

    Afin d’accompagner de sensibiliser et d’accompagner au mieux ses salariés, plusieurs ateliers sont possibles :

    Comment se libérer des addictions ?

    Pour se libérer des addictions, il faut choisir l’approche la plus appropriée. Il existe plusieurs solutions :

    • Les traitements médicamenteux encadrés par le médecin traitant ou un spécialiste pour apaiser l’envie/le besoin de consommer ;
    • La psychothérapie cognitivo-comportementale (analyse et anticipation des situations de rechute, affirmation de soi, expression de ses émotions, etc.) pour maintenir la motivation ;
    • La thérapie interpersonnelle (TIP) axée sur l’amélioration des liens interpersonnels actuels pour surmonter ses problèmes de dépendance ;
    • L’hypnose pour reconditionner l’inconscient et modifier certains automatismes (ex : fumer);
    • L’e-coaching (applications) en complément, pour monitorer sa consommation.

    Il est rarement possible de se débarrasser d’une addiction seul. Il est plutôt conseillé de bien s’entourer et d’en parler ouvertement à ses proches, pour être soutenu dans sa démarche.

    La méthode WOOP

    Une fois cette étape effectuée, il est important d’élaborer son plan de sortie de l’addiction. En effet,

    formuler un plan augmente les chances de succès de 50%

    Gabriele Oettingen

    La méthode WOOP est un bon moyen pour élaborer un plan : 

    • Wish (Le souhait) : Quel objectif (réalisable) souhaitez-vous atteindre ? (Ex : arrêter le tabac) ; 
    • Outcome (Le résultat) : Quel est le résultat visé une fois l’objectif atteint ? (Ex : être en meilleure forme physique) ;
    • Obstacle (Les obstacles) : Quels sont les obstacles (intérieurs et extérieurs) rencontrés ? (Ex : être entouré(e) de fumeurs, la peur du manque/vide, etc.) ;
    • Plan (Le plan) : Comment surmonter ces obstacles ? Ex. Éviter les zones fumeurs, prendre de la nicotine, etc.

    Le sport comme routine de substitution positive


    Le sport reste l’alternative la plus saine à la consommation de substances psychoactives, et engendre un mécanisme neurobiologique similaire à celui de l’addiction. 10 minutes quotidiennes d’exercice physique suffisent à faire disparaître la sensation de manque chez les personnes alcooliques, et 5 seulement chez les fumeurs !

    effets du sport sur l'addiction

    Conclusion

    Pour conclure, il est important de prévenir et de sensibiliser ses salariés sur les addictions afin de limiter les risques d’accidents du travail. Pour cela, les entreprises peuvent mettre en place des questionnaires, des formations autour de la sécurité au travail, ou du e-learning sur les addictions afin de sensibiliser et lever les tabous sur ce sujet. 

    Cela favorise également la prise de conscience des risques et permet d’améliorer la sécurité sur le lieu de travail. Vos salariés seront ainsi capables de repérer les situations d’addiction chez eux mais aussi chez leurs collègues.   

    Ainsi, les managers jouent un rôle clé sur l’accompagnement et la prévention des addictions au travail. Il est donc important d’en parler et de s’informer sur le sujet afin de détecter les symptômes d’addictions chez vos salariés pour pouvoir par la suite les accompagner et les orienter. 

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