Alcool et drogues sont à l’origine de 20 à 30 % des accidents du travail. Et coûtent aux entreprises en moyenne 1,5 % de la masse salariale annuelle. Prévenir les addictions en entreprise et les traiter doit devenir un impératif pour les employeurs. 

Pour parler de ce sujet, nous avons interviewé Marie-Dorée Delachair-Dubreuil, psychothérapeute, qui anime des sessions de sensibilisation aux addictions en entreprise.

Addictions : présentation générale

C’est quoi la dépendance ?

Le trouble de stress post-traumatique désigne un trouble anxieux sévère, qui se manifeste à la suite d’une expérience vécue comme traumatisante. C’est une réaction psychologique consécutive à une situation durant laquelle l’intégrité physique ou psychologique de la personne ou celle de son entourage, a été menacée ou effectivement atteinte.

Les origines peuvent être diverses : un ou des parents accros (au travail, à l’alcool, aux drogues, etc.), la venue d’un autre enfant dans la fratrie, un divorce, un déménagement, une maladie grave, certaines formes de maltraitance, la mort d’un proche…

A ce moment précis, les capacités d’adaptation du sujet sont débordées. Il ne peut plus « faire face ». S’ensuit un désarroi, une immense souffrance dont le sujet n’aura pas forcément “conscience” dans l’immédiat (d’où l’instauration de mécanismes de défenses ou comportements d’adaptation). Ces problèmes conduisent à un état de souffrance chronique.

Addictions en entreprise explications

Ce malaise va alors être médiqué par des substances psychoactives (tabac, alcool, marijuana, cocaïne, les opiacés, amphétamines et dérivés de synthèse, hallucinogènes et divers médicaments) ou par des comportements à risques, compulsifs et stupéfiants (troubles de comportements alimentaires, addictions sexuelles, dépendance affective, boulomanie, achats compulsifs, addiction aux jeux, écrans, sport, troubles d’anxiété généraux, dépression, tentatives de suicide…).

C’est ce que l’on appelle plus communément des “conduites à risque”, ou “conduites addictives”. Les dépendants sont tous en souffrance et en manque d’autonomie.

Un dépendant n’est pas indépendant.

En résumé : un dépendant n’est pas indépendant. Très souvent, le dépendant est en relation intime (parent-enfant, conjoint, associés dans le travail …) avec un autre dépendant. Ce dernier peut-être dépendant à un produit ou à un comportement stupéfiant. On appelle cela la codépendance ou dépendance affective.

Quels sont les mécanismes psychologiques de l’addiction ?

Les mécanismes de l’addiction ne sont pas que psychologiques. Il y a, chez le sujet, un dérèglement au niveau des neurotransmetteurs et du système de récompense (voir les travaux du Dr Jean-Pol Tassin) qui entraînent chez le sujet une allergie et donc une progression de son addiction, quelle qu’elle soit. C’est le phénomène de « craving« .

Le craving est un terme importé des États-Unis, venant du verbe « to crave » qui signifie « avoir très envie », « être avide de ». Le craving convoque donc le désir, la pulsion, le besoin, toujours doublé d’un caractère irrépressible et irrésistible.

Quels sont les risques des addictions pour notre santé physique et mentale ?

L’addiction est une maladie, ce n’est pas un vice.

L’institut Nord Américain des drogues (NIDA) en donne la définition suivante : « L’addiction est une affection cérébrale chronique, récidivante, caractérisée par la recherche et l’usage compulsif de drogue, malgré la connaissance de ses conséquences nocives.« 

L’addiction est : progressive, incurable et potentiellement mortelle. C’est une maladie, ce n’est pas un vice. Les risques sont donc :

  • Une désocialisation (famille, amis, travail) dans un premier temps
  • Une hospitalisation à très long terme (si le sujet n’est traité que par le biais d’une camisole chimique)
  • Une incarcération
  • Eventuellement un décès.

A ce jour aucun traitement n’a pu prouver que l’addiction pouvait être guérie. Elle peut être toutefois stabilisée (par un arrêt total de tous produits modifiant le comportement et par une thérapie comportementale).

La nicotine, l’alcool, le cannabis, les opiacés, la cocaïne, les amphétamines et dérivés de synthèse figurent dans la liste officielle de produits stupéfiants de l’OMS.

L’addiction est une maladie reconnue comme telle par l’OMS qui dresse une liste “officielle” de produits stupéfiants.

Parmi les addictions sans substance, seul aujourd’hui le jeu pathologique (jeux de hasard et d’argent ainsi que les jeux vidéos) est cliniquement reconnu comme une dépendance comportementale dans les classifications diagnostiques internationales.

Quelques chiffres sur les addictions en France

–> Addictions avec substances :  

a) Drogue licites :

  • Tabac et alcool sont les produits les plus consommés en France. Ils constituent les deux premières causes de mortalité évitable en France (73 000 décès par an liés au tabac et 41 000 décès par an liés à l’alcool). 27% des fumeurs sont des fumeurs quotidiens
  • Alcool : 10% de buveurs quotidiens. 87% des personnes entre 18 et 75 ans déclarent boire au moins une fois par an (78% à 17 ans)
  • Anxiolytiques : 1 personne sur 10 en ont eu recours pendant l’année ; 1 jeune de 17 ans sur 5 déclare avoir déjà utilisé un médicament psychotrope. A noter que l’usage des psychotropes est 2 fois plus fréquent chez les femmes.
Addiction tabac entreprise

b) Drogues illicites :

  • Cannabis : 45% des adultes l’ont déjà expérimenté, 11% en ont consommé au cours de l’année, 6% au cours du dernier mois
  • Cocaïne : 1,6% d’usagers déclarent en avoir consommé dans l’année
  • MDMA/Ecstasy : 5% des adultes l’ont déjà expérimenté.

–> Addictions sans substances : elles concernent les jeux d’argent et de hasard, jeux vidéo, Internet, addiction au travail ou au sport, etc.

  • 5% de la population est touchée
  • 56 % des 15-75 ans déclarent avoir joué à un jeu d’argent et de hasard au cours de l’année, principalement à des jeux de loterie
  • L’omniprésence des écrans dans la vie quotidienne a un impact sur le développement cognitif et social des plus jeunes mais aussi de l’ensemble de la population.

Ces chiffres sont issus de l’Observatoire Des Drogues Et Toxicomanie, article “Drogues et addictions, données essentielles » édition 2019, 7ème édition.

Quelles sont les méthodes qui ont fait leur preuve pour lutter contre les addictions ?

Le programme Minnesota offre aux dépendants la possibilité de faire table rase de leurs vieilles croyances, de comprendre et de changer leurs comportements d’adaptation mis en place dans l’enfance. En effet, ces mécanismes de défense qui, pendant un certain temps, les ont aidés à “gérer” leur souffrance comme un remède deviennent « poison ». Le programme Minnesota requiert, pour les dépendances aux produits psychoactifs une abstinence totale de tous produits modifiant le comportement. A noter que certains dépendants souffrent de graves désordres émotifs et mentaux : dans ces cas, un accompagnement psychiatrique est nécessaire.

A ma connaissance, le lien est la composante la plus importante dans le rétablissement d’un dépendant dont le sentiment de solitude est souvent le sentiment dominant. Aussi, toutes les associations de dépendants abstinents sont beaucoup plus efficaces (phénomène d’identification) que ce qui est proposé par le système de santé classique Français.

Dans les pays Anglo-Saxons, tous les C.C.D.C. “Certified Chemical Dependancy Counselors” (psychothérapeutes spécialisés en addiction – entre 3 et 9 ans d’études) sont dépendants eux-mêmes. Ce sont des dépendants abstinents et rétablis. Toutefois, un dépendant reste toujours un dépendant. La dépendance est une maladie, pas une mauvaise habitude ou un vice ! A-t-on jamais entendu parler d’un ancien diabétique ?

Addictions en entreprise : pourquoi on en parle

Quels sont les secteurs et salariés les plus concernés ?

Dès que le salarié se sentira débordé, si le manager n’a pas les bonnes ressources pour l’accompagner, sa peur risque de se transformer en « état de peur »

Mon expérience, au sein des entreprises, est la même que celle que j’ai quand je travaille en systémie, avec une famille dite « dysfonctionnelle« . L’entreprise est une famille. Chacun y a une place. Il n’y a pas de salariés plus concernés que d’autres, ni de secteurs plus ou moins à risque.

Aussi, dès que le salarié se sentira débordé, qu’il aura du mal à « faire face« , si le/la DRH/ manager n’a pas les bonnes ressources pour l’accompagner, sa peur risque de se transformer en « état de peur » (désarroi et souffrance chronique).

Ce malaise peut-être être médiqué par des substances psychoactives (tabac, alcool, marijuana, cocaïne, les opiacés, amphétamines et dérivés de synthèse, hallucinogènes et divers médicaments) ou par des comportements à risques, compulsifs et stupéfiants (troubles de comportements alimentaires, addictions sexuelles, dépendance affective, « boulomanie », achats compulsifs, addiction aux jeux, écrans, sport, troubles d’anxiété généraux, dépression, tentatives de suicide…).

Le plus fréquemment, le salarié ira consulter un médecin généraliste et sera mis en « arrêt de travail », sans que la cause soit adressée.

Tous les secteurs d’activité sont concernés par les conduites addictives. Mais la nature et la fréquence des consommations sont différentes selon le secteur concerné. Selon le baromètre de santé INPES 2010, certains secteurs d’activités sont plus touchés par les pratiques addictives. Ainsi, la consommation d’alcool est plus fréquente dans les secteurs de l’agriculture (16,6 % d’usage quotidien contre 7,7 % parmi l’ensemble des actifs âgés de 16 à 64 ans) et de la construction (13,4 % d’usage quotidien). La consommation de cannabis s’avère plus fréquente dans la construction (13 % de consommateurs dans l’année contre 6,9 % parmi l’ensemble des actifs), l’hébergement et la restauration (12,9 %), mais de manière encore plus prononcée dans les arts et spectacles (16,6 % de consommateurs dans l’année).

addictions secteur de la construction

Certains postes de travail sont plus sujets aux conduites addictives : le travail en poste, de nuit et isolé ; les postes à responsabilités élevées (stress, pression hiérarchique et obligation de résultat…) ; ceux exigeant de la vigilance (contrôle du procédé sur les sites à hauts risques, postes de surveillance…) ; les postes de conduite ou de pilotage (transports, manutention mécanique…).

Quelles actions peut-on mener pour prévenir les addictions en entreprise ?

Le plus efficace selon moi est d’organiser des formations avec le DRH, le manager et deux thérapeutes rétablis (souvent en binôme), afin d’informer sur la nature et les manifestations des conduites addictives.

Comment se déroule une sensibilisation aux addictions en entreprise ?

J’interviens en général en binôme (psychothérapeute et psychologue). Après une rencontre avec le DRH, nous établissons un plan d’action selon les besoins de l’entreprise. La plupart des formations que je propose sont en trois modules :

  • Les deux premiers modules sont théoriques, informatifs et réservés au DRH ou manager.
  • Le troisième module est illustratif (exemple: témoignages auprès du personnel de toxicomanes rétablis).
addictions entreprise

Je propose aussi des interventions ciblées, dites « interventions empathiques » en cas de problématique aiguë et urgente (personnel clef de l’entreprise).

Prévention des addictions et entreprise 

Quels sont les impacts négatifs des addictions en entreprise ?

Alcool et drogues sont à l’origine de 20 à 30 % des accidents du travail. Et coûtent aux entreprises en moyenne 1,5 % de la masse salariale annuelle (source : MIDLT).

Les addictions – alcool en tête – sont devenues dans les entreprises le troisième sujet de préoccupation, juste après les risques professionnels et les accidents du travail, loin devant le stress ou les troubles musculo-squelettiques. Une enquête de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) auprès de dirigeants, de responsables RH et de représentants du personnel, a pointé que 8 dirigeants sur 10 sur dix se disent préoccupés par les questions d’addictions et leurs impacts au travail.

34% des médecins du travail se disent formés en addictologie alors que 90% d’entre eux ont été sollicités pour des problèmes d’alcool.

Pourquoi conseilleriez-vous à un manager d’organiser une sensibilisation aux addictions dans son entreprise ?

Sensibiliser et motiver le changement plutôt que stigmatiser les personnes souffrantes.

Organiser des formations sur les addictions en entreprise permet de prendre conscience du problème et d’être en mesure de proposer des solutions efficaces. L’objectif est de sensibiliser et motiver le changement plutôt que de stigmatiser les personnes souffrantes.

L’obligation générale de sécurité qui incombe à l’employeur doit le conduire à prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé des travailleurs (article L. 4121-1 du Code du travail). Par conséquent, les risques liés aux pratiques addictives doivent être évalués au même titre que les autres risques professionnels et faire l’objet de mesures de prévention adaptées décrites dans le Document Unique d’Évaluation des Risques. La formation et la sensibilisation aux risques liés aux addictions prennent une part prépondérante dans ce dispositif.

Pourquoi former les managers en particulier à l’addictologie ?

Pour que justement ils ne « ré-agissent » plus mais qu’ils agissent aisément.

Les managers ont un rôle essentiel dans la politique de prévention de l’entreprise.

Quelles sont les clés de la réussite d’une démarche de prévention des addictions en entreprise ?

Avoir un management déjà sensibilisé au problème et capable d’agir aisément plutôt que d’être en réaction. Les problèmes d’addiction sont plus fréquents qu’on ne le croit dans le monde de l’entreprise et fragilisent tout le système. Mon expérience américaine me démontre que nous avons beaucoup de retard en France où les vieux réflexes de déni et de stigmatisation restent souvent la règle.


Marie Dorée Delachair addictions

Psychothérapeute Franco-Americaine, Marie-Dorée Delachair-Dubreuil exerce depuis plus de 20 ans. Elle a d’abord exercé à Los Angeles (Etats-Unis) puis s’est spécialisée sur les addictions et a obtenu toutes ses certifications en 2005. Installée depuis à Cannes, elle pratique les Thérapies Comportementales Cognitives (TCC) qui sont des thérapies brèves. Elle a animé plusieurs formations de sensibilisation aux addictions en entreprise avec Goalmap.


Chez Goalmap, nous aidons les entreprises à prendre soin de la santé de leurs employés : questionnaires santé en ligne, catalogue d’ateliers bien-être et appli mobile de coaching. Parmi les ateliers disponibles sur notre catalogue, nous proposons des formations sur la prévention des addictions en entreprise.