Selon l’article L. 4121-1 du code du travail, l’employeur est tenu de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salariés. Chaque année, 764 salariés meurent d’un accident du travail en France, et 79 549 maladies professionnelles y sont reconnues, en hausse de 6,7 % sur un an (Assurance Maladie – Risques professionnels, 2025). Ces chiffres ne sont pas une fatalité : l’article L4121-3 du Code du travail impose à tout employeur d’évaluer les risques auxquels ses salariés sont exposés.
Quel est le cadre réglementaire de l’analyse des risques professionnels ? Quelles sont les familles de risques ? Quelles sont les étapes pour évaluer et analyser les risques professionnels ? Réponses dans la suite de notre article.
Sommaire de l'article
Qu’est-ce que l’analyse et l’évaluation des risques professionnels ?
Définition de l’analyse des risques
On appelle “analyse des risques”, l’ensemble des activités ayant pour but d’identifier de façon systématique et permanente les dangers et les facteurs de risque et de déterminer et d’évaluer le risque en vue de fixer des mesures de prévention.
Les principes généraux de prévention
Les principes généraux de prévention mis en oeuvre par l’employeur sont au nombre de neuf (L.4121-2 du Code du travail) :
- Éviter le risque : supprimer le danger ou l’exposition au danger ;
- Evaluer les risques qui ne peuvent pas être évités ;
- Combattre les risques à la source : intégrer la prévention le plus en amont possible ;
- Adapter le travail à l’Homme afin de réduire les effets du travail sur la santé ;
- Tenir compte de l’état de l’évolution de la technique : adapter la prévention aux évolutions techniques et organisationnelles ;
- Remplacer ce qui est dangereux par ce qui n’est pas dangereux ou par ce qui est moins dangereux ;
- Planifier la réservation en intégrant technique, organisation et conditions de travail, relation sociales et environnement ;
- Prendre des mesures de protection collective en leur donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle ;
- Donner les instructions appropriées aux travailleurs : former et informer les salariés afin qu’ils connaissent les risques et mesures de prévention.
À retenir : Un risque n’est pas un danger : il naît de l’exposition à un danger, et c’est sur cette exposition que porte l’évaluation. Les neuf principes généraux de prévention (art. L4121-2) sont le socle légal de toute démarche, quelle que soit la taille de l’entreprise.
Pourquoi évaluer les risques professionnels
Les obligations légales
L’article L4121-3 du Code du travail fonde l’obligation pour tout employeur d’évaluer les risques professionnels. Cette évaluation doit être transcrite dans un document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), conformément à l’article R4121-1. Le document doit être mis à jour au moins une fois par an pour les entreprises de onze salariés et plus (art. R4121-2), et systématiquement lors de tout changement significatif des conditions de travail. Depuis la loi du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail, chaque version du DUERP doit être conservée pendant quarante ans.
L’absence de DUERP ou son défaut de mise à jour constitue une contravention de cinquième classe, sanctionnée par une amende de 1 500 euros par unité de travail concernée, portée à 3 000 euros en cas de récidive (art. R4741-1). Au-delà de la sanction pénale, l’absence d’évaluation peut caractériser une faute inexcusable de l’employeur en cas d’accident du travail.
Les bénéfices individuels
Pour le salarié, une évaluation rigoureuse des risques réduit directement l’exposition aux accidents et aux maladies professionnelles. En 2024, 549 614 accidents du travail avec arrêt ont été reconnus en France, et 79 549 maladies professionnelles, dont 90 % de troubles musculosquelettiques (Assurance Maladie – Risques professionnels, 2025). Plus de la moitié des accidents mortels au travail sont liés à des malaises, ce qui souligne l’intérêt d’une évaluation qui ne se limite pas aux risques physiques évidents.
Les bénéfices collectifs et organisationnels
Pour l’entreprise, les accidents du travail et les maladies professionnelles représentent un coût direct considérable : 4,9 milliards d’euros d’indemnités journalières ont été versés en 2024, en hausse de 10,8 % sur un an (Assurance Maladie – Risques professionnels, 2025). À l’échelle d’un seul trouble musculosquelettique, le coût moyen pour l’entreprise dépasse 21 000 euros (INRS, 2023). L’ensemble des accidents et maladies professionnelles a généré, en 2024, l’équivalent de 334 000 emplois à temps plein perdus pour les entreprises françaises.
À retenir : L’évaluation des risques répond à une triple logique : une obligation légale sanctionnée pénalement (jusqu’à 3 000 € par unité de travail en récidive), un enjeu de santé individuelle (79 549 maladies professionnelles reconnues en 2024), et un enjeu économique collectif (4,9 milliards d’euros d’indemnités journalières la même année).
« L’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. »
Article L.4121-1 du Code du travail
Les familles de risques professionnels
Les risques dépendent bien évidemment du secteur d’activité. Voici quelques exemples de familles de risques professionnels :
- Risques liés aux rythmes, à l’organisation du travail et aux déplacements : risque routier, risques liés au travail de nuit, travail répétitif, télétravail et travail à domicile, etc. ;
- Risques chimiques, biologiques, électriques et liés aux rayonnements : poussières de bois, risque incendie, amiante, solvants, etc. ;
- Risques liés à l’hygiène, aux lieux et locaux de travail : travaux en hauteur, échafaudages, éclairage, renouvellement de l’air, température, risques de noyade, etc. ;
- Risques psychosociaux et addictions : santé morale, harcèlement, agressivité et violence au travail, situations de stress, consommation de drogue, d’alcool, de stupéfiants, etc.
Un même secteur combine généralement plusieurs familles : un site logistique cumule risques liés à la manutention, au travail de nuit et à la route, tandis qu’un plateau administratif est surtout concerné par la sédentarité et les risques psychosociaux. Une culture de sécurité partagée par l’ensemble des équipes facilite la remontée des situations à risque, quelle que soit la famille concernée.
À retenir : Une évaluation qui se limite aux risques physiques les plus visibles laisse de côté des familles entières — psychosociaux, chimiques, organisationnels — pourtant couvertes par l’obligation légale au même titre que les autres.
Comment analyser et évaluer les risques professionnels ?
Les étapes de l’analyse des risques professionnels
Préparer l’évaluation des risques professionnels
Pendant votre phase de préparation, définissez :
- L’organisation à mettre en place : qui se chargera de rassembler les informations et de piloter la démarche ? (une personne ou un groupe de travail) ;
- Le champ d’intervention ;
- Les outils mis en oeuvre pour l’évaluation (documents, grilles, etc.) ;
- Les moyens financiers ;
- La formation interne nécessaire ;
- La communication.
Dans un site logistique, cela implique par exemple de découper l’entreprise en unités de travail homogènes : préparateurs de commandes, caristes, personnel administratif, chauffeurs-livreurs — chaque unité étant exposée à des risques distincts.
Identifier les risques
Repérez les dangers et analysez les risques.
Quelle est la différence entre un risque et un danger ? Le danger est la qualité intrinsèque d’une substance, d’un équipement, d’une méthode de travail ou autre, susceptible de causer un dommage pour la santé des salariés. Le risque est le résultat de l’exposition à un danger.
Quelles méthodes d’analyse des risques existe-t-il ?
- Les contrôles et vérifications, constitués de questionnaires, de grilles, d’audits (approche normative) ;
- L’analyse des postes (approche ergonomique) qui se fonde sur l’observation du travail réellement réalisé par le personnel de l’entreprise et la documentation existante (statistiques des accidents du travail, fiches de données sécurité, notices de postes, etc.) ;
- Modélisation et calculs probabilistes (approche de type “sûreté des systèmes”).
Dans un établissement de soins, l’identification passe par exemple par l’observation des manutentions de patients, l’exposition aux agents biologiques et les situations de violence externe — des risques que des grilles standardisées ne captent pas toujours.
Classer les risques
Classer les risques est important pour déterminer quels sont les risques graves qu’il faut maîtriser en premier. Vous pouvez réaliser une matrice “Probabilité / Gravité”. Cette étape vous permettra de débattre des priorités d’actions et de planifier les actions.
Dans le BTP, une chute de hauteur et une gêne posturale mineure ne relèvent pas de la même urgence : une matrice probabilité/gravité, construite en interne plutôt qu’importée d’une source externe, permet de traiter en priorité les risques à la fois fréquents et graves.
Proposer des actions de prévention
Après identification, classement des risques et avis des instances représentatives des salariés, les mesures de prévention doivent être présentées au chef d’entreprise. C’est ce dernier qui sera responsable des actions menées. Les actions sont choisies en privilégiant les mesures qui répondent aux neuf principes de prévention.
Pour un risque de TMS identifié en logistique, l’action de prévention peut par exemple combiner l’aménagement ergonomique du poste, une formation aux gestes et postures et une rotation des tâches, plutôt qu’une seule mesure isolée.
Mettre en oeuvre les solutions et les suivre en continue
Des groupes de résolution de problèmes peuvent être constitués pour mettre en œuvre les solutions choisies par la hiérarchie. Les collaborateurs devront être bien sensibilisés aux changements et aux bonnes pratiques de sécurité.
Il faudra suivre en continue la mise en œuvre de ces actions pour en apprécier les impacts et ainsi les prolonger ou les modifier si nécessaire, voire déterminer d’autres actions à mettre en œuvre.
Dans une entreprise industrielle, le suivi peut par exemple prendre la forme d’un tableau de bord trimestriel croisant taux d’accidents, absentéisme et avancement des actions, présenté au CSE.
À retenir : Les cinq étapes forment un cycle, pas une séquence linéaire à usage unique : le suivi de la dernière étape alimente directement la préparation de l’évaluation suivante.
Les clés pour réussir la prévention des risques professionnels
Quelles sont les clés pour réussir la prévention des risques professionnels ?
- Réaliser une démarche globale
- Réaliser une démarche dynamique
- Faire participer les salariés et leurs représentants
- Prendre en compte le travail réel
- Pouvoir compter sur l’implication et l’engagement de l’employeur
À retenir : La différence entre un DUERP qui protège réellement les salariés et un DUERP qui protège seulement l’entreprise sur le plan juridique tient à ces cinq conditions, en particulier la participation des salariés et la prise en compte du travail réel.
Les acteurs de la prévention des risques
Afin de réussir la mise en oeuvre des actions, il faut bien sûr s’appuyer sur les acteurs internes / externes de l’entreprise :
- En interne :
- L’employeur
- L’équipe de santé au travail : médecins, infirmiers
- Les représentants du personnel : CSE, délégués
- En externe :
- L’inspection du travail
- Le service de la prévention et de la CARSAT
- L’institut national de recherche et de sécurité (INRS)
- Les intervenants en prévention des risques professionnels (IPRP)
À retenir : Une démarche portée par une seule fonction — souvent les ressources humaines seules — mobilise moins efficacement les équipes qu’une démarche qui associe explicitement médecine du travail, CSE et référents terrain.
Le danger est la propriété intrinsèque d’un produit, d’un équipement ou d’une méthode de travail susceptible de causer un dommage. Le risque est la probabilité que ce dommage survienne réellement, compte tenu de l’exposition du salarié.
Oui, dès l’embauche du premier salarié, quel que soit le secteur d’activité ou la taille de l’entreprise. Seule la fréquence de mise à jour peut être allégée pour les entreprises de moins de onze salariés.
Pour les entreprises de onze salariés et plus, la mise à jour est obligatoire au moins une fois par an (art. R4121-2), et systématiquement lors de tout changement significatif des conditions de travail.
Une contravention de cinquième classe, avec une amende de 1 500 euros par unité de travail concernée, portée à 3 000 euros en cas de récidive. L’absence d’évaluation peut aussi caractériser une faute inexcusable en cas d’accident.
Le Code du travail impose la consultation du CSE. Dans la pratique, une évaluation efficace associe aussi le service de santé au travail, les référents sécurité et les salariés eux-mêmes.
La méthode la plus courante croise la probabilité de survenue et la gravité potentielle du dommage dans une matrice, qui distingue les risques nécessitant une action immédiate de ceux traités dans un second temps.
Oui : les risques psychosociaux relèvent de la même obligation légale que les risques physiques, et les exclure de l’évaluation expose l’employeur aux mêmes sanctions.
Conclusion : une démarche vivante, pas un document figé
L’évaluation des risques professionnels n’est pas un exercice de conformité qu’on archive après l’avoir produit : c’est l’instrument par lequel une entreprise apprend, année après année, ce qui menace réellement la santé de ses équipes. Une organisation qui traite son DUERP comme un document vivant — révisé au rythme de son activité, nourri par ce que ses salariés observent au quotidien — construit une culture de prévention qui dépasse largement l’obligation légale qui l’a fait naître.





