L’équilibre vie pro vie perso : les conseils de Sylvie Simon

Dans cet entretien avec Sylvie Simon (facilitatrice QVT et thérapeute spécialisée dans l’accompagnement des personnes en mal-être et en souffrance au travail), nous avons abordé le sujet de l’équilibre entre vie pro et vie perso. Alors qu’une étude récente du Figaro montrait que seulement 12% des salariés français se disent satisfaits par leur équilibre de vie, il est urgent pour les entreprises et les employés de trouver des moyens efficaces pour permettre un meilleur équilibre vie professionnelle et vie privée, au risque de voir diminuer la motivation et l’énergie des équipes.

Sylvie-Simon stress au travail

Seulement 12% des salariés français se disent satisfaits par leur équilibre de vie (étude Figaro 2018), quels sont les motifs d’insatisfaction selon vous ?

L’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est primordial pour les Français.

Sacrifier sa famille et ses amis à sa carrière ou à la vie au travail devient de moins en moins acceptable. Selon le Baromètre santé et qualité de vie au travail de Malakoff Médéric 2018, 35 % des salariés éprouvent des difficultés à maintenir un équi­libre vie pro-vie perso. Il y a dix ans, ils étaient 27 %.

Manque d’autonomie, absence de reconnaissance, pression psychologique, manque de soutien, sont les insatisfactions majeures des salariés :

  • Le manque d’autonomie concerne 76% des salariés +10 points
  • Le manque de reconnaissance concerne 42%
  • La pression psychologique 68% (-4 points). Les salariés jugent leur travail “nerveusement fatigant”. 40% disent “avoir du mal à gérer les priorités”.

51% des cadres affirment “ne pouvoir s’empêcher de consulter leurs mails professionnels en dehors du travail”, une proportion qui a augmenté de 10 points en cinq ans.

Le baromètre OPE* nous parle du sentiment de manquer de temps qui est partagé par 71 % des employés (et par 88 % des parents d’enfants de moins de trois ans). 38 % souhaiteraient disposer de plus de temps pour leur famille et leurs proches, 32 % pour leurs loisirs et leur bien-être.

Quel est le ROI pour l’entreprise d’un meilleur équilibre de vie de ses salariés (productivité, absentéisme, rétention…) ?

Les grandes problématiques aujourd’hui pour les entreprises sont l’absentéisme, le turnover pour certaines et le manque d’attractivité de leur entreprise pour recruter des nouveaux talents.

Je ne crois pas avoir vu de chiffre précis sur ce sujet. Toutefois, il est aisé de comprendre qu’un salarié motivé sera plus impliqué dans son travail et rechignera moins à donner “un coup de collier” , faire des heures supplémentaires, ou a seconder un collègue, qu’un salarié qui ne l’est pas.

Il est courant de lire qu’un salarié heureux au travail est 31% plus productif**

Les grandes problématiques aujourd’hui pour les entreprises sont l’absentéisme, le turnover pour certaines et le manque d’attractivité de leur entreprise pour recruter des nouveaux talents.

Or, la vigilance sur ces critères est essentielle afin de s’apercevoir que quelque chose ne va pas et surtout faire une analyse fine, identifier les dysfonctionnements et envisager des plans d’actions à mettre en place. Les 2 premiers points sont directement liés aux conditions de travail perçues et réelles. Je m’aperçois dans mes consultations auprès de personnes disant être en souffrance au travail, qu’il y a une grande méconnaissance sur des sujets tels que :

  • La qualité relationnelle, les relations toxiques
  • Qu’est-ce que le burnout et comment s’en prémunir, comment réagir ?
  • Le harcèlement moral : comment se caractérise et se manifeste-t-il ? Comment se protéger ? A qui en parler ? Quels recours sont possibles ?

Aussi, il y a beaucoup d’incompréhension, de sentiment d’injustice, de colère, de frustrations et même de ressentis de mal-être ou de réelle souffrance.

Un des premiers éléments de réponse est pour moi l’information et la sensibilisation des salariés et du management à ces sujets.

Ce qui est terrible c’est qu’une majorité de tout ceci pourrait être facilement et rapidement enrayé avant que les personnes ressentent des symptômes de stress et tensions importantes ou se mettent en arrêt maladie.

Un des premiers éléments de réponse est pour moi l’information et la sensibilisation des salariés et du management à ces sujets.

Concrètement, que peut-on demander à son employeur pour mieux concilier vie professionnelle et vie privée ?

Toujours selon le baromètre OPE,

  • 45 % des interrogés mettent en avant la possibilité d’aménager ponctuellement leurs horaires de travail en fonction de leurs contraintes parentales. Or seuls 39 % indiquent que leur entreprise le permet.
  • 44 % des salariés désirent une plus grande souplesse des horaires et 42 % disent déjà en bénéficier.
  • 44 % des salariés souhaitent des modalités de travail plus souples comme la possibilité d’opter pour le télétravail. 36 % des parents d’enfants de moins de six ans voient dans le télétravail une mesure prioritaire, alors que seuls 26 % des employeurs le pratiquent.

On pourrait aussi penser à :

  • L’aide à la garde des enfants avec des crèches intra ou inter-entreprises,
  • Travailler en 4/5 éme

Autre sujet d’actualité : la condition difficile des aidants. Le nombre des salariés s’occupant régulièrement d’un proche dépendant ou malade a beaucoup augmenté provoquant une charge mentale et de la fatigue physique importantes. Voici selon eux ce qui leur faciliterait la vie :

  • Souplesse des horaires pour 46% d’entre eux,
  • Une réduction du temps de travail (28%),
  • Possibilité de faire du télétravail pour 24%.
  • Des objectifs plus “en adéquation avec les ressources” dont ils disposent, pour 22%

Certaines entreprises proposent des cellules de soutien psychologique et des groupes de paroles pour ces nombreux aidants familiaux. Des initiatives qui pourraient être élargies.

 

Que peut-on faire en tant qu’employé pour un meilleur équilibre vie pro / vie perso ?

Selon moi, l’épanouissement des salariés repose sur l’entreprise autant que sur le salarié lui-même

Selon l’étude “Workforce View in Europe 2018″**, la rémunération est la première source de motivation au travail pour 50% des Français. L’importance de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée arrive en seconde position (26%). Un pourcentage particulièrement élevé en France.

Selon moi, l’épanouissement des salariés repose sur l’entreprise autant que sur le salarié lui-même. Il est de la responsabilité de chacun d’y veiller.

Voici quelques conseils :

Se (re)mettre au centre (de sa vie).

Il s’agit de ne pas se laisser polluer par les contraintes ou impératifs des autres… d’oublier la fâcheuse habitude de faire plaisir aux autres par peur de ce qu’ils pourraient dire de vous… et de faire avant toute chose, ce que vous devez faire pour vous. Non, ce n’est pas être égoïste ! C’est simplement se respecter et savoir se préserver.

Se reconnecter au temps présent.

Ce n’est pas par hasard si l’on parle de plus en plus de “pleine conscience”. Dans un monde où tout va très vite, il est essentiel de ralentir, de se poser. Prendre du recul permet de ne pas s’enfermer dans l’émotionnel et de pouvoir prendre de la hauteur amenant forcément de nouveaux points de vue et des solutions plus pertinentes. Des activées relaxantes comme le yoga, la sophrologie, la méditation ou des activités créatives comme l’écriture, le dessin, la peinture sont idéales.

Stopper le présentéisme.

Cette habitude très française qui consiste à faire des heures en plus soit par peur de ce que peuvent penser les collègues ou manager si on part à l’heure, soit pour se faire bien voir et tenter d’écarter une peur plus profonde et très commune en France de perdre son emploi.

Déconnecter totalement en dehors du travail.

Même si les salariés français le sont de moins en moins malgré la loi sur la déconnexion, certains tentent de déconnecter totalement en dehors des heures de bureau. Par exemple, mettre son smartphone en mode avion dès qu’on sort du travail ou encore s’interdire de consulter ses mails professionnels une fois dehors et notamment le week-end et pendant les congés peut s’avérer salutaire.

Pratiquer une activité physique.

Avant d’aller au travail ou après le rush de la journée pour évacuer et décompresser. Quoi qu’il arrive, faire du sport est essentiel : courir, se balader, faire du vélo ou se rendre dans une salle de sport (elles sont ouvertes très tôt le matin, tard le soir et même le WE), faire du yoga, de la relaxation ou de la méditation, aller à la piscine, faire une activité artistique, du théâtre, de la danse, du chant ou autre… sont autant de façon de libérer les tensions et pressions diverses et de se reconnecter à soi.

Profiter de la pause déjeuner pour se détendre.

Je conseille de s’imposer de sortir du bureau, d’aller déjeuner dehors avec des collègues au lieu de rester devant son ordinateur en avalant un sandwich ou une salade. On peut fixer une règle avec ses collègues : ne pas aborder les problèmes de boulot durant cette pause afin de se ressourcer le mieux possible et faire un vrai break. Sinon, prévoir de faire un tour du quartier pour se détendre et respirer à l’air libre en essayant le plus possible d’être en contact avec la nature est vraiment ressourçant.

Un bon équilibre de vie passe souvent par une meilleure organisation de son temps. Quels sont vos conseils pour mieux gérer son temps ?

J’ai une certitude : la qualité de sa journée se prépare… la veille.

J’ai une certitude : la qualité de sa journée se prépare… la veille. C’est pourquoi, je recommande de se décharger émotionnellement et physiquement tous les soirs des différentes tensions engrangées dans la journée afin :

  • d’évacuer le stress, les pensées récurrentes, les soucis du boulot et pouvoir être calme, détendu et disponible afin se consacrer pleinement à ses enfants et son conjoint.
  • d’éviter que ceci tourne en boucle et occasionne irritabilité, anxiété et provoquent des troubles du sommeil (une grande majorité de français subit quotidiennement des troubles du sommeil préjudiciables à leur santé).
  • de permettre au corps de se reconnecter plus rapidement à un état de fonctionnement optimal.
  • de récupérer rapidement son énergie vitale et donc d’être capable d’agir avec efficacité dès le lendemain.

Voici un exercice que je propose pour travailler sur l’aspect émotionnel :

 

Avoir une vision claire de sa journée.

C’est essentiel ! Sinon on risque de se laisser bousculer au gré des demandes, les fameuses “urgences”.

Pour cela, la job liste efficace, précise, réaliste et réactualisée est la base. Il existe de nombreuses applis qui permettent de gérer tout ça très bien de son ordinateur (par exemple Trello ou ToodleDo). Mais que les amateurs de la “to do list” papier se rassurent, elle fonctionne bien aussi !

Ensuite, définir ses priorités.

Ce qui s’apparente à dire : “que dois-je impérativement avoir terminé en fin de journée qui ne pourra pas être reporté à demain ?”

Ce qui diffère de ce qui est urgent. Aujourd’hui tout est devenu urgent. Or “urgent” ne veux pas dire “prioritaire”. Et surtout les urgences des autres ne doivent pas devenir ses propres priorités ; il est alors indispensable de savoir poser ses limites et dire NON.

Déléguer ou demander de l’aide en cas de surcharge.

Ne pas hésiter également à informer son manager des difficultés d’organisation, de surcharge de travail afin d’envisager ensemble la situation. Je vois trop de salariés en surcharge de travail simplement parce qu’elles n’ont pas osé en parler à leur supérieur. Or, dès qu’elles arrivent à le faire, les solutions sont assez facilement mises en place.

On s’aperçoit souvent que le supérieur hiérarchique n’a pas de vision réelle de ce que font les différents membres de leur équipe ; c’est donc à chacun de l’en informer et de tirer la sonnette d’alarme si nécessaire… sans trop tarder surtout.

Opter pour le télétravail un ou 2 jours par semaine.

Ce qui permet d’en avoir tous les avantages (temps gagné en transport, plus de disponibilité pour soi, les enfants, moins de fatigue …) sans les inconvénients (difficultés d’organisation entre le temps pro et le perso quand on travaille chez soi, isolement professionnel possible, sentiment d’appartenance à l’entreprise en baisse…).

Il existe de nombreuses autres possibilités, j’invite les lecteurs à être curieux, à se renseigner et à chercher de l’information pour améliorer leurs conditions de travail et de bien-être.

Une chose est sûre : ne pas attendre que tout vienne de l’entreprise car c’est le meilleur moyen de se retrouver dans un état d’attentes, qui vont à terme générer des frustrations qui seront un siphon à énergie, motivation et efficacité.

Sources

* 9ème baromètre OPE (Observatoire de l’Équilibre des Temps et de la Parentalité en Entreprise). Enquête réalisée auprès d’environ 1000 salariés français en partenariat avec l’UNAF (Union nationale des associations familiales)

** Etude menée par Harvard et le MIT

*** Etude réalisée par ADP (Automatic Data Processing)

 

 


Pour en savoir plus sur Sylvie Simon et ses formations / conférences en entreprise, vous pouvez vous rendre sur son site. Vous pouvez également retrouver des articles sur ces sujets sur le très bon blog Santé au travail animé par Marie-Pierre Charpentier auquel Sylvie collabore. 

Chez Goalmap, nous aidons les entreprises à prendre soin de la santé de leurs employés. Comment ? Nos programmes bien-être combinent diagnostics bien-être en ligne pour suivre l’état de bien-être de ses équipes, coaching digital pour accompagner les employés dans la mise en place de bonnes habitudes au quotidien et interventions humaines pour créer du lien humain et de l’engagement dans l’entreprise.

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